Un art brésilien résolument moderne

Une semaine après l’inauguration de la première exposition d’europalia.brasil intitulée «Brazil.Brasil», le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles accueille le second volet de ce diptyque, «Art in Brazil». Cette exposition commence là où l’autre s’était arrêtée et nous emmène à la découverte de l’art des années 1950 jusqu’aux nouvelles tendances actuelles.

«Art in Brazil» est la première exposition consacrée à l’art brésilien moderne et contemporain à avoir été entièrement pensée par des curateurs brésiliens. Elle a été conçue chronologiquement et met en avant certains artistes. Certaines œuvres, créées tout récemment, ont été imaginées spécialement pour l’exposition.

Le parcours débute là où «Brasil.Brazil» s’était arrêtée, à savoir sur le peintre moderniste Alfredo Volpi et les années 1950. Une époque charnière pour le Brésil, tant au niveau économique que culturel. C’est, entre autres, l’époque de la bossa nova, du cinéma novo, de la création du Musée d’Art de Sao Paulo et de la célèbre Biennale de Sao Paulo.

Le Grupo Ruptura, premier mouvement avant-gardiste brésilien, voit le jour en 1952. Il prend ses distances avec le nationalisme figuratif et épure son art. L’art géométrique rencontre alors un grand succès. Les artistes de ce mouvement s’inspirent du Suisse Max Bill.

Les premières salles de l’exposition sont consacrées aux mouvements concrétistes et néoconcrétistes. Elles présentent notamment une cinquantaine d’œuvres géométriques.

Dacosta et Schendel

Milton Dacosta est l’un des pionniers de l’art géométrique au Brésil. Au début de sa carrière, il fait dans la figuratif, mais dès les années 1950 il se tourne vers le constructivisme. Ses œuvres sont sobres, colorées et équilibrées.

Autre figure importante de l’art de cette époque : Mira Schendel. L’artiste d’origine juive qui a émigré vers le Brésil pendant l’après-guerre occupe une place à part dans l’art moderne brésilien. Elle abandonnera la peinture -qui chez elle se révéla plus intimiste- dès les années 1960, pour se tourner vers un travail plus expérimental sur papier de riz.

Brasilia

Les années 1950 s’envolent avec force vers la modernité. Elles coïncident ainsi avec la sortie de terre d’une capitale flambant neuve : Brasilia née de l’ambition du président Kubitschek et du talent des architectes Oscar Niemeyer et Lucio Costa.

Ces grands noms de l’architecture bénéficiaient déjà d’une solide réputation à l’époque. Car, contrairement aux arts plastiques, un vent de modernité soufflait déjà depuis un petit temps sur l’architecture. «Art in Brazil» consacre une petite salle à la construction de la ville. On peut y voir des maquettes et des photographies de la ville hypermoderne.

L’expression artistique sous la dictature

L’optimisme des années 1950 ne dura pas bien longtemps. En 1964, les militaires prennent le pouvoir. Ils dirigeront le pays d’une main de fer pendant deux décennies. De nombreux artistes subversifs, comme l’influent Helio Oiticica, vivront et travailleront en exil. D’autres tireront leur énergie de cette lutte permanente et n’auront de cesse de contourner la censure d’une manière ou d’une autre.

On notera les œuvres d’Anne Bella Geiger et d’Antonio Manuel. Ce dernier invite à littéralement lever le voile sur la répression. L’artiste a reproduit un article de presse évoquant des échauffourées opposant étudiants et forces de l’ordre. Pour voir ces reprographies, le spectateur doit lever la toile qui les cachent. Il ne peut se contenter de regarder passivement.

«Art in Brazil» propose de nombreuses installations diverses et autres créations vidéos.

Avec la fin de la dictature, la peinture va reprendre quelque peu ses droits. L’œuvre d’Iberê Camargo est là pour en témoigner. L’artiste se décrit comme «un cycliste qui pédale face au vent». Le cycliste est d’ailleurs l’un de ses thèmes de prédilection. Ses peintures ne sont peut-être pas des plus esthétiques, mais elles dégagent une force et une personnalité sans égales.

«Art in Brazil. 1950-2011». A découvrir au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Du 12 octobre 2011 au 15 janvier 2012.

www.europalia.be