Un petit coin d'Amazonie à Bruxelles

“Indios no Brasil”, troisième exposition majeure d’europalia.brasil, s’ouvre aujourd’hui au Musée du Cinquantenaire. L’événement plonge le visiteur au cœur du quotidien des premiers habitants du Brésil. Au nombre de 750.000, ils représentent aujourd’hui 0,4% de la population brésilienne. Leurs traditions sont plus vivantes que jamais.

«Il n’est pas simple de réaliser une exposition sur l’Amazonie», précise d’emblée Karine De Mulder, directrice d’europalia. «Il faut aller chercher les œuvres au fin fond de la forêt et couvrir des centaines de kilomètres dans des conditions difficiles pour les transporter, aller et retour». Si les organisateurs ont craint à plusieurs reprises pour la finalisation de l’exposition, ils peuvent aujourd’hui pousser un ‘ouf’ de soulagement. Les derniers masques sont arrivés en Belgique deux jours avant l’ouverture et ont pu être exposés pour l’inauguration. Mission accomplie.

234 ethnies, 180 langues

«Il est erroné de circonscrire les Indiens à l’Amazonie. Ils sont présents dans tout le Brésil», embraye Gustaaf Verswijver, anthropologue et commissaire de l’exposition. Sur une population totale de 190 millions d’habitants, les Indiens sont au nombre de 750.000 (0,4% de la population). Ils vivent majoritairement en zone rurale (61%), principalement en Amazonie, et peuplent tous les Etats, tant au nord qu’au sud. Actuellement, le pays compte 234 ethnies qui parlent 180 langues différentes. Kayapo, Tapirapé, Asurini, Araweté, Wajapi, Waiwai, Marubo, Potiguara, Nambikwara,… Impossible de toutes les citer !

Les Indiens étaient bien plus nombreux avant le 16e siècle. Au moment de la conquête du Brésil par le Portugal, il existait 2.000 peuplades qui furent rapidement décimées. Certaines ont été chassées de leurs terres, d’autres réduites à l’esclavage. N’étant pas immunisés contre les microbes et virus des Européens, nombre d’Indiens ont succombé à la maladie. La situation empira encore à la fin 19e siècle, époque du boom du caoutchouc.

La population amérindienne a fortement diminué jusqu’aux années 1970 avant d’entamer une remontée. Au cours des cinquante dernières années, le sort des Indiens du Brésil -toujours vulnérables- s’est amélioré. La FUNAI, une fondation qui défend leurs intérêts, a été créée, et le gouvernement leur réserve de vastes terres, environ 12,5% du territoire brésilien.Les Indiens sont loin d’être imperméables à toute forme de modernité. Alors que l’on retrouve de jeunes Indiens en ville sur les bancs de l’université, les anciens font usage des techniques modernes pour filmer et photographier leurs cérémonies. Ils assurent avec fierté la pérénité de leurs traditions, de leur mode de vie et de la mythologie de leurs ancêtres.

Rituels du 21e siècle

«Indios no Brasil» présente des ornements, des objets et des rituels qui témoignent de la vie actuelle des Indiens du Brésil, telle qu’elle est encore vécue en ce 21e siècle.

Mis à part quelques objets évoquant la préhistoire, les 290 pièces exposées datent donc pour la plupart de ce siècle. Issues des collections des musées brésiliens, elles ont été judicieusement sélectionnées pour mettre en valeur la diversité, la représentativité, la complexité et l’actualité des expressions artistiques et culturelles des peuples indigènes au Brésil. Les objets s’attachent aux activités quotidiennes et aux rituels. Ils sont mis en situation par des photographies et des vidéos réalisées par des indigènes ou des ethnographes.

Une histoire

Etant donné l’énorme diversité des peuples indigènes du Brésil, «il est absolument impossible de tout illustrer dans une seule exposition», poursuit Gustaaf Verswijver. «C’est pourquoi nous avons fait en sorte que le visiteur puisse suivre la vie d’une personne», explique-t-il. Et cela, au travers d’objets divers qui -grâce à l’audioguide- content une histoire.

«Le rôle des objets ne se limite pas à une fonction utilitaire chez les Amérindiens. Ils servent également de médiateurs entre les êtres qui peuplent leur univers très dense», explique Lucia Hussak van Velthem, ethnologue et commissaire de l’exposition. Celle-ci prévient le visiteur : «Dans l’exposition, les objets sont mis en position d’action. A l’instar des petits bancs sur lesquels s’assoient les chamanes durant les séances. Normalement, quand on ne les utilisent pas, ils sont rangés verticalement de manière à ce qu’un mauvais esprit ne puisse y prendre place. Généralement, les objets sont rangés dans de grandes bassines fermées. Ici ce n’est pas le cas. Vous trouverez donc des objets très denses dans l’exposition». Autant savoir.

On ne naît pas Indien

On ne naît pas Indien, on le devient. Toute la vie est ponctuée de rituels et de rites de passage qui permettent à l’individu de se construire. On passe d’une classe à l’autre au fil de l’existence. Les parures changent. Les peintures corporelles également. Et cela commence dès la naissance. Les Kayapo percent les oreilles des bébés pour y introduire des cylindres d’oreille. Des rubans rouges sont attachées autour des bras et des jambes. Au fur et à mesure de la croissance, cylindres et rubans sont remplacés par de plus grands modèles. L’éducation s’acquiert principalement par imitation des adultes. Quand l’apprentissage s’avère plus complexe, les jouets viennent en renfort.

Les activités quotidiennes sont strictement réparties entre hommes et femmes. Les premiers se chargeront de la chasse et de la pêche. Ils disposent pour se faire de tout un attirail des flèches, longues ou plus courtes, pointues ou à bout arrondi ( ce qui permet d’assommer les oiseaux sans abîmer ses plumes fort précieuses pour les coiffures cérémoniales). Ils utilisent également des sarbacanes ou des nasses de pêche.

12 litres de bière par jour

Les femmes, quant à elles, sont occupées aux champs. Elles cultivent maïs, patates douces, canne à sucre ou manioc. Ce dernier facile à cultiver -même sur terre aride- est le principal ingrédient de leur menu. Le manioc amer -très toxique- doit être préparé au moyen d’un tipiti (une presse à manioc) pour être débarrassé de son poison. Le manioc est également très important pour la bière qu’il permet de produire. Il faut savoir que les Indiens ne boivent pas d’eau. Ils consomment exclusivement des boissons fermentées et certains jus de fruit. Les hommes consomment jusqu’à douze litres de bière de manioc par jour (et par personne). Les femmes en boivent cinq à six litres. Rien d'alarmant... Car ce breuvage de couleur blanchâtre est fort peu alcoolisé.

Rites de passage impressionnants

L’entrée dans le monde des adultes est marquée par des rites de passage impressionnants… et douloureux. Chez les Wayana, des objets en forme de poisson dans lesquels sont insérés des guêpes et des fourmis sont plaqués sur le corps des jeunes pubères. Les piqûres et morsures sont fort douloureuses. Les garçons doivent prouver leur force et leur courage en ne laissant rien paraître de leur douleur.

Petite variante chez les Sataré qui, eux, remplissent des gants de fourmis. Des gants que les adolescents doivent bien évidemment porter.

Les jeunes filles sont, quant à elles, relativement épargnées, étant donné que le passage a lieu automatiquement au moment des premières règles. Certaines doivent toutefois se soumettre à un douloureux arrachage de mèches de cheveux en bonne et due forme.

Communiquer avec les esprits

La religion est un aspect très important de la vie quotidienne des Indiens qui sont animistes. Pour les Amérindiens, rien n’est inanimé. Objets, végétation, animaux,… Chaque chose à une âme, bonne ou mauvaise.

Il est donc important de pouvoir communiquer avec les esprits et c’est là qu’intervient le chamane, chef rituel qui occupe une position unique dans la communication. Lui seul peut entrer en contact avec les esprits. Il voit et entend ce que le commun des mortels est incapable de voir et joue dont le rôle d’intermédiaire. On vient donc le consulter en cas de maladie ou pour que la chasse soit bonne, par exemple.

On retiendra également de cette exposition les superbes coiffes et couronnes de plumes, ainsi que la série de 24 masques de la tribu des Meniaku.

 Anne-Sophie Chevalier

 

« Indios No Brasil »

A découvrir au Musée du Cinquantenaire à Bruxelles. Du 14 octobre 2011 au 19 février 2012.

www.europalia.be