Dexia : la France mise en garde en 2010

Des documents que les quotidiens belges De Standaard et Le Soir ont pu consulter indiqueraient que le groupe bancaire franco-belge Dexia a reçu des mises en garde l’an dernier, mais que la filiale française, Dexia Crédit Local, les a négligées et a au contraire accumulé les risques. Une partie des risques pris en France auraient été répercutés sur la filiale belge. Reste à voir pourquoi Dexia Banque Belgique a toléré cette situation.

Le quotidien flamand De Standaard a examiné des documents officiels émanant de la Commission européenne et du gendarme financier français (l’Autorité de contrôle prudentiel, ACP), et plus particulièrement deux lettres rédigées par l’ACP. Il en ressort que le groupe bancaire Dexia avait déjà reçu de nettes mises en garde dans le courant de l’année dernière. L’ACP menaçait même de placer Dexia sous surveillance spéciale, avec la nomination d’un contrôleur à la clef. Mais Dexia Crédit Local en France n’a pas voulu voir la gravité de la situation.

La banque avait cependant de gros problèmes de trésorerie et ne parvenait pas à réunir assez de cash au regard des dépenses mensuelles. La filiale française a réagi en prenant au contraire encore davantage de risques, en passant des contrats d’échange de taux d’intérêts. Il s‘agit d’instruments financiers qui doivent protéger une banque contre les risques. Mais ces contrats d’échange ont pompé des milliards d’euros d’argent liquide des caisses de la banque - jusqu’à 46 milliards d’euros en septembre 2011.

De Standaard qualifie l’opération de « risques incontrôlables avec une quantité énorme d’échanges de taux d’intérêts » et « de modèles mathématiques lacunaires qui ont eu pour conséquence que les risques pris ont systématiquement été sous-estimés ».

Bien que ce soit la filiale française de Dexia qui ait pris ces risques énormes et qui ait négligé les nettes mises en garde, des dizaines de milliards d’euros ont été retirés à la Dexia Banque Belgique - pour laquelle Dexia et l’Etat belge ont finalisé ce jeudi la convention de cession de la filiale belge à la Société fédérale de Participations et d’Investissement (SFPI), agissant pour le compte de l’Etat belge - pour soutenir Dexia Crédit Local.

Le fait que les risques pris par la filiale française de Dexia aient partiellement été répercutés sur la filiale belge en meilleure santé soulève de nombreuses interrogations en Belgique. Pourquoi Dexia a-t-elle permis cette situation en Belgique ? Le gendarme financier belge (la CBFA à l’époque) était-il au courant ? Le patron de Dexia, Pierre Mariani, et le président (aujourd’hui démissionnaire) du conseil d’administration de Dexia, l’ancien Premier ministre belge Jean-Luc Dehaene (photo), étaient-ils au courant et quelle est leur part de responsabilité dans ce dossier ? Le gouvernement belge, qui avait depuis 2008 des représentants siégeant au conseil d’administration de Dexia, était-il au courant des risques énormes qui s’additionnaient ?

Une commission parlementaire d’enquête ?

Le Premier ministre démissionnaire Yves Leterme (CD&V) et le président démissionnaire du conseil d’administration de Dexia, Jean-Luc Dehaene (CD&V), ne voulaient pas réagir ce jeudi matin sur les informations concernant Dexia. Le ministre démissionnaire des Finances, Didier Reynders (MR), ne voulait pas non plus s’exprimer à ce sujet.

Quant au gouverneur de la Banque nationale de Belgique, Luc Coene, il affirme n’avoir pas été au courant des lettres de mise en garde du gendarme financier français.

Interviewée ce jeudi matin dans l’émission « De Ochtend » de la première chaîne radio de la VRT, Meyrem Almaci (photo) - actuellement chef du groupe parlementaire Groen ! à la Chambre - a estimé qu’il n’était pas possible que le gouvernement belge n’ait pas été au courant des risques énormes pris par Dexia en France. Elle demande donc la création d’une commission parlementaire d’enquête, estimant que « les citoyens ont le droit savoir pour quels risques nous nous sommes effectivement portés garants ».