"Dommage que Mouammar Kadhafi ne doive pas se justifier"

Le ministre belge des Affaires Etrangères démissionnaire (photo principale), Steven Vanackere (CD&V), qualifie la mort du colonel Kadhafi d’occasion manquée. Il aurait préféré que le dictateur libyen doive répondre de ses actes devant la Cour pénale internationale. « C’est maintenant au Conseil national de transition de réaliser ses promesses », estime Vanackere, ajoutant que la Belgique peut apporter son aide au peuple libyen dans les domaines de la justice et de l’économie.

Dans un communiqué publié jeudi soir, le Premier ministre Yves Leterme, le ministre des Affaires Etrangères Steven Vanackere, le ministre de la Défense Pieter De Crem et le ministre de la Coopération au développement Olivier Chastel se sont « réjouis » de la « libération de la ville de Syrte » et ont « pris connaissance du décès du colonel Kadhafi ».

Selon les quatre ministres du gouvernement en affaires courantes, la population libyenne peut maintenant franchir une nouvelle étape déterminante sur la voie d’une Libye « stable et libre, fondée sur un Etat de droit, le respect des droits de l’Homme, un processus politique inclusif et une politique économique durable ». Fort du « très large soutien du Parlement », la Belgique a joué un rôle « actif » dans l’opération Unified Protector, axée sur la protection de la population civile en Libye, a rappelé le gouvernement, précisant que les efforts de la communauté internationale doivent désormais se concentrer sur la « reconstruction du pays ».

Le communiqué concluait que la Belgique tient dès lors à apporter sa contribution, en concertation avec l’Union européenne et les Nations Unies, et a déjà libéré 6 millions d’euros à cet effet.

"La Belgique peut aider pour la justice et l’économie"

Interviewé ce vendredi matin dans l’émission « De Ochtend » de la première chaîne radio de la VRT, le ministre Steven Vanackere a déclaré qu’il n’était pas vraiment « soulagé » que le colonel Mouammar Kadhafi soit mort. « La meilleure solution aurait été que ce dictateur doive répondre de ses actes devant la Cour pénale internationale ». Le ministre démissionnaire des Affaires Etrangères espère maintenant que le Conseil national de transition réalisera ses promesses. « Il a toujours plaidé en faveur de la réconciliation et pas de la vengeance ».

« La Libye dispose maintenant d’une possibilité de prendre un nouveau départ. Il ne faut pas oublier que pendant 40 ans le pays n’a pas connu d’institutions démocratiques ni les structures d’un Etat de droit. C’est un véritable défi de les construire ». Et le ministre des Affaires Etrangères de poursuivre que le Conseil national de transition ne doit pas seulement démocratiser la Libye, rédiger une Constitution, organiser des élections et représenter tous les différents groupes de la société, « il doit aussi répondre aux attentes de la population dans le domaine socio-économique ».

« Je ne trouve pas scandaleux que la communauté internationale passe des contrats en Libye. Je m’oppose à la thèse que l’opération militaire internationale n’a servi qu’à sécuriser les intérêts pétroliers du pays. Elle a aussi servi à protéger la population. Une collaboration économique serait aussi dans l’intérêt de la population libyenne ». Selon Vanackere, la Belgique - qui a participé dès le mois de mars aux opérations militaires en Libye - peut apporter sa contribution au pays pour fonder un Etat de droit et espère jouer un rôle économique dans la reconstruction du pays.

Le Premier ministre Yves Leterme avait aussi déjà estimé que l’Union européenne doit apporter son aide à la Libye, même en temps de difficultés économiques. « L’Europe doit prendre l’initiative de la reconstruction », a estimé Leterme.