Le sommet européen de mercredi devra être décisif

Les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays de l’Union européenne se sont quittés dimanche soir sur des "avancées" (déclarait notamment le Premier ministre belge Yves Leterme), mais sans avoir finalisé un paquet de mesures qui doit répondre définitivement à la crise financière. Ils se retrouveront mercredi à Bruxelles, pour approuver des mesures décisives.

Aucune décision de poids n’était attendue à la réunion des dirigeants des 27 pays de l’Union européenne d’une part et des dirigeants des 17 pays de la zone euro dans un deuxième temps, ce dimanche à Bruxelles, un deuxième sommet ayant déjà été prévu pour mercredi dans la capitale belge. A l’issue de leur réunion dominicale, les chefs d’Etat et de gouvernement européens se sont néanmoins montrés optimistes, faisant état d’avancées. Il leur reste trois jours pour parvenir à un accord sur un paquet de mesures visant à contrer la crise financière et en quelque sorte sauver l’euro.

Ce qui est certain c’est que les problèmes financiers de la Grèce se sont révélés plus importants que prévus au départ et que les grandes banques devront vraisemblablement faire un effort plus important encore que l’abandon de 21% du montant de leurs créances sur les bons d’Etat grecs, en allant jusqu’à un abandon de 50 à 60%. En même temps, ces banques devront augmenter leur capital de base de 9% pour compenser cette perte sur les créances grecques.

Les 27 ont également demandé au Premier ministre italien Silvio Berlusconi (photo) de préparer pour mercredi une proposition de mesures d’économies et de réformes pour son pays. Les 17 pays de la zone euro craignent en effet que la crise des dettes et les spéculations s’étendent à l’Italie, où la dette est maintenant montée à 120% du produit intérieur brut. Si l’Italie devait faire faillite, il n’y aurait vraisemblablement plus suffisamment de capital ni de volonté politique dans la zone euro pour éviter la chute du colosse économique.

Le Fonds de secours divise l’axe franco-allemand

L’une des pierres d’achoppement principales reste les différences d’opinion entre la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy au sujet du fonds de secours de la zone euro, la Facilité européenne de stabilité financière (FESF), qui doit jouer un rôle crucial dans le contrôle de la crise.

Paris aurait souhaité transformer ce fonds en une banque qui emprunterait de l’argent auprès de la Banque centrale européenne (BCE) et en-dehors de l’Union, pour faire passer ses ressources de 440 à 2.500 milliards d’euros. Mais l’idée d’une banque FESF aurait entretemps été abandonnée. Nicolas Sarkozy doit tenir compte des grandes banques françaises qui se sont largement engagées en Grèce et veut absolument conserver la bonne cotation AAA de son pays.

L’Allemagne - où l’opinion publique se lasse de la crise de l’endettement des pays du sud de l’Europe - préfèrerait transformer le FESF en une sorte d’assurance qui garantirait 20% de certaines obligations d’Etat. De cette manière, les ressources du FESF passeraient à 1.250 milliards d’euros.

A l’issue de la réunion de ce dimanche à Bruxelles, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy (photo), a tout fait pour nuancer les différences d’opinions. Selon lui, il y aurait une grande volonté de compromis tant chez les Français que chez les Allemands et l’ambiance de négociation serait bonne. L’ancien Premier ministre belge voit déjà les contours d’une solution et attend une percée pour mercredi. Selon lui, la zone euro doit se doter d’un « bazooka » - un FESF suffisamment crédible - pour décourager toutes spéculations, notamment envers l’Italie.

D’autre part, des tensions sont apparues ce dimanche à Bruxelles entre les 17 pays de la zone euro et les 10 autres états membres de l’Union. Ces derniers, menés par la Grande-Bretagne et la Pologne, estiment qu’il est du devoir des grandes banques d’augmenter leur capital de base. Ils refusent un élargissement du fonds de secours de la zone euro et une politique économique plus sévère, qui donnerait un rôle plus important que président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Les 10 pays qui n’appartiennent pas à la zone euro sont irrités par le fait que les 17 autres états membres prennent des décisions qui les affectent aussi. D’autre part, selon la presse britannique, le président français Sarkozy estimerait que le Premier ministre britannique David Cameron « se mêle trop de l’euro ».

Le Commissaire européen De Gucht est optimiste

Interrogé par la VRT, l’ancien ministre belge des Affaires Etrangères et actuel Commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht (Open VLD, photo), estime que l’Union européenne trouvera d’ici mercredi un accord permettant de sortir de la crise financière. Selon lui, les grandes lignes de cet accord seraient déjà dessinées, avec notamment un rôle d’assureur des obligations d’Etat joué par le fonds de secours de la zone euro (FESF).

Karel De Gucht juge l’idée française de transformer le FESF en une banque, pour accroître davantage sa force de répartie, bonne du point de vue économique mais irréalisable du point de vue politique et non acceptable pour l’Allemagne. Le Commission au Commerce note également que la rôle de la Commission européenne augmente dans le processus de décisions, et que des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent en faveur de la création d’une fonction de Ministre européen des Finances. La Commission devrait également obtenir davantage de contrôle sur les politiques budgétaires des états membres.

Karel Van Gucht n’est pas partisan d’une exclusion de la Grèce de la zone euro, parce que les dettes grecques sont étroitement imbriquées, non seulement dans les grandes banques européennes, mais aussi dans toutes sortes de produits d’investissements.