Des antibiotiques "inappropriés" trop souvent prescrits

Les médecins belges prescrivent beaucoup moins d’antibiotiques qu’il y a dix ans. Le nombre de prescriptions a ainsi diminué d’un tiers. Au niveau européen, notre pays se retrouve donc parmi les meilleurs élèves en la matière. Il semble toutefois que les antibiotiques prescrits par nos médecins ne sont pas toujours les plus appropriés.

En dix ans, la consommation d’antibiotiques en Belgique a diminué d’un tiers. "Après avoir été parmi les plus grands consommateurs d’Europe, nous faisons dorénavant partie des meilleurs de la classe", souligne le microbiologiste de l’université d’Anvers, Herman Goossens, qui a publié une étude sur la consommation d’antibiotiques au sein de l’Union européenne.

Selon son enquête, les médecins belges voient toutefois large en prescrivant principalement des antibiotiques qui visent plusieurs sortes de bactéries. En Suisse ou encore au Danemark, les médecins prescrivent au contraire davantage la pénicilline classique qui vise uniquement une bactérie spécifique.

"Quand on a pour habitude de prescrire des antibiotiques dont le spectre est trop large, il existe un risque accru de voir des bactéries résister. En ne visant que les bactéries qui sont à l’origine de la maladie, les médecins nord européens empêchent les bactéries considérées comme innocentes de devenir résistantes", indique Herman Goossens.

"On note par ailleurs davantage d’effets secondaires engendrés ces antibiotiques à large panel", explique le microbiologiste, qui souligne également l’importance de l’aspect financier lié à ces prescriptions : "les antibiotiques sont plus chers que d’autres médicaments. Au lieu d’utiliser un bazooka, on peut en effet tout aussi bien tirer avec un simple pistolet. C’est tout aussi efficace, et nettement moins cher".

Un plan européen contre la résistance aux antibiotiques

La Commission européenne a déposé hier un plan européen de lutte contre la résistance aux antibiotiques, un problème grandissant qui entraîne le décès de 25.000 personnes chaque année dans l'Union, et génère des dépenses supplémentaires en soins de santé évaluées à 1,5 milliard d'euros.

Ce plan, déposé à la veille de la Journée européenne de sensibilisation aux antibiotiques, est axé autour de douze actions principales visant à prévenir les infections nosocomiales, sensibiliser et former à un usage approprié des antimicrobiens, encourager le développement de nouveaux antibiotiques, et renforcer les systèmes de surveillance sanitaire.

En raison d'un usage trop généralisé d'antibiotiques par le passé, plusieurs bactéries dangereuses, comme le staphylocoque doré ou certains types de pneumonies et de méningites notamment, ont en effet fini par devenir insensibles à l'action de médicaments. Il en va de même pour certains désinfectants et antiseptiques.