Des biberons belges mis en cause

Xavier Bertrand, le ministre de la Santé en France, a demandé le retrait de biberons et tétines fabriqués, notamment, en Belgique et utilisés dans les maternités françaises et belges. Ces produits seront retirés "dans les plus brefs délais" en France car ils sont stérilisés avec un procédé qui repose sur l'oxyde d'éthylène, un gaz certifié cancérogène par le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC). La Belgique, quant à elle, enquête mais n'a pas encore pris position.

L’information a été révélée jeudi par la revue hebdomadaire française Le Nouvel Observateur. La firme belge Beldico, fabriquant et fournisseur d'appareils médicaux dans une dizaine de pays européens, stérilise son matériel avec de l'oxyde d'éthylène (EtO) depuis la fin des années 1990. Ce gaz, surveillé par les autorités sanitaires depuis les années 1970, est interdit par les législations française et européenne lorsqu'il est utilisé sur des matériaux en contact avec l'alimentation. Le CIRC l'a classé comme produit cancérogène avéré depuis 1994. Son utilisation est uniquement autorisée pour la stérilisation de matériel médical.

La firme Beldico, fournisseur de près de 80% des hôpitaux belges, confirme l'utilisation du gaz mais assure être dans les normes en vigueur. "Les produits médicaux que nous fabriquons sont sous marquage CE (européenne) et répondent à la norme ISO. Personne ne nous a dit que c'était interdit, et nous n'avons pas été informés d'un changement de législation pour proscrire l'utilisation de l'oxyde d'éthylène", affirme Michel De Gryse, directeur de la firme Beldico. "Les biberons doivent d'ailleurs être bien stérilisés car ils sont surtout utilisés pour les bébés prématurés."

Du côté du SPF Santé en Belgique, on se dit très surpris par la nouvelle. "Nous avons envoyé un inspecteur sur place aujourd'hui, pour contrôler l'utilisation du gaz au sein de l'entreprise. Il est encore trop tôt pour en dire davantage", déclare Jan Eyckmans, porte -parole du SPF santé.

Il n'y a pas que les biberons et les tétines qui sont stérilisés avec de l'EtO par l'entreprise mais aussi tout le matériel servant à l'alimentation entérale (sondes gastriques acheminant les aliments dans le tube digestif) pour nourrir les malades.

On ignore combien de maternités et d'hôpitaux sont concernés en Belgique, mais pas moins de 80% d'entre eux sont fournis par le groupe Beldico. C'est le cas, notamment, de la clinique Sainte-Elisabeth à Namur, où l'information fait l'effet d'une douche froide. "La firme nous a assuré qu'il n'y avait pas de danger", assure-t-on à la clinique. "On ne veut pas réagir à chaud, mais on suit le dossier de très près. La firme en question est en quasi monopole en Belgique, on ne peut pas du jour au lendemain jeter tous les biberons sans autre alternative".

La firme Beldico a fait savoir que le seul autre procédé de stérilisation envisageable est l'irradiation par rayons gamma, mais il présenterait plusieurs désagréments et certains matériaux n'y résisteraient pas.