"Trouver une solution par la négociation"

La "démission" d’Elio Di Rupo (PS) de sa mission de formateur suscite la surprise, voire l’incompréhension des autres partis. Ils prônent une poursuite des discussions, dans une plus grande sérénité, alors que le temps presse pour la Belgique qui doit d’urgence présenter un budget 2012 à l’Europe.

Réagissant à la demande d’Elio Di Rupo d’être déchargé de sa mission de formateur, à la suite de l’échec de la négociation de dimanche sur le budget 2012, la ministre de l’Intérieur Annemie Turtelboom (Open VLD, photo principale) estime qu’une solution ne pourra être trouvée qu’en poursuivant les négociations et « pas en jetant l’éponge ».

Interviewée dans l’émission « De Ochtend » de la VRT radio, la ministre libérale flamande a en outre défendu l’attitude de son parti, très critiquée par les autres négociateurs. Elle insiste sur le fait que la Belgique doit tenir compte des recommandations de l’Europe, et plus spécifiquement en ce qui concerne la réforme du marché de l’emploi et du système de chômage. « Nous devons prendre des décisions difficiles, sinon quelqu’un d’autre les prendra pour nous ». Annemie Turtelboom précise qu’il y avait trop peu d’éléments dans les propositions du formateur Di Rupo qui allaient dans le sens d’une telle réforme. Et de conclure : « Open VLD n’utilise pas les recommandations de l’Union européenne comme parapluie, mais parce qu’elles sont notre devoir. Même si nous en sommes à 527 jours des élections de juin 2010, il n’y a pas d’autre solution ».

Recommandations du Conseil

Pour rappel, le Conseil européen a émis en juillet dernier une série de recommandations à l’adresse de la Belgique. Les plus importantes parmi celles-ci indiquent notamment que notre pays doit réduire son déficit budgétaire excessif en prenant des mesures d’économie lors de l’élaboration du budget 2012. Le déficit budgétaire doit ainsi être ramené bien en-dessous de 3% du produit intérieur brut en 2012.

L’âge officiel de la pension doit d’autre part être rehaussé. La restructuration des banques doit également être achevée.

Les négociations salariales et la révision du système d’indexation doivent être menées à bien en concertation avec les partenaires sociaux, afin que les hausses salariales soient mieux adaptées à la productivité et aux capacités de concurrence de la Belgique.

La participation au marché de l’emploi doit être accrue, notamment en réduisant les impôts sur les emplois qui réclament peu de qualifications et en diminuant progressivement dans le temps les allocations de chômage. Des mesures spécifiques doivent aussi être prises pour remettre au travail davantage de chômeurs plus âgés et d’autres catégories de travailleurs plus vulnérables.

Enfin, des mesures doivent être élaborées pour stimuler la compétitivité dans le commerce du détail, mais aussi sur le marché du gaz et de l’électricité.

"Ne pas rejeter la faute sur un seul parti"

Interviewé lundi soir dans l’émission « Reyers laat » de la VRT, le ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V, photo) a estimé qu’il n’était pas raisonnable de rejeter sur un seul parti (à savoir Open VLD) la faute pour l’échec des négociations budgétaires. « Il est important de rester calme. Il n’est pas nécessaire de dramatiser outre mesure. Tout le monde comprend le sérieux de la situation ».

Appelant tous les partis, y compris Open VLD, à utiliser leur bon sens, Kris Peeters reconnait que son parti CD&V a aussi encore des critiques à l’encontre des dernières propositions du formateur Di Rupo, notamment en ce qui concerne le volet de l’emploi. Le ministre-président flamand ne se dit par contre pas partisan de la formation d’un gouvernement temporaire, d’où soient exclus les socialistes flamands et francophones, comme l’a proposé le parti nationaliste N-VA.

"Une pression incompréhensible d’Open VLD"

Les socialistes francophones rejettent par contre la responsabilité de l’échec des négociations budgétaires sur les libéraux flamands. « Ces dernières semaines, nous avons travaillé jour et nuit et enregistré une énorme avancée. Nous avons fourni de gros efforts et il manquait peu pour parvenir à un accord. Mais il y a 2 partis, et un en particulier, qui ont exercé ces derniers jours une pression incompréhensible », commentait ce mardi Paul Magnette (PS, photo).

« Nous devons absolument poursuivre les négociations. Il n’est pas question de quitter le bateau. Nous sommes au milieu d’une tempête européenne, il serait stupide d’organiser maintenant des élections », concluait Magnette.

La ministre démissionnaire Laurette Onkelinx (PS) s’est dit « très inquiète pour l’avenir de tous les citoyens de Belgique ».