Elio Di Rupo: de fils d’immigré pauvre à Premier ministre

Elio Di Rupo est en quelque sorte le modèle belge du « Rêve américain » : le fils d’immigrés italiens pauvres a lentement gravi les échelons de la carrière politique pour voir son parti remporter en Wallonie les élections législatives de juin 2010 et devenir, au terme de 540 jours de négociations dans lesquelles il a joué un rôle primordial, le premier Premier ministre d’origine étrangère en Belgique. L’homme de 60 ans est aussi le premier chef de gouvernement socialiste depuis 1974 et le premier francophone depuis 1979. Il est aussi le tout premier à avoir reconnu ouvertement son homosexualité.

Né le 18 juillet 1951 à Morlanwelz de parents italiens arrivés en Belgique quatre ans plus tôt, Elio Di Rupo est le plus jeune fils d’une famille de sept enfants dont le père était mineur. Ce dernier décède dans un accident de la route lorsqu’Elio n’a qu’un an, laissant la mère élever seule ses enfants.

Di Rupo affirme avoir passé une enfance heureuse, bien qu’il ait grandi dans un milieu très pauvre. La perte de son père pèse lourd sur son moral et une partie de sa scolarité. Il choisit d’abord l’enseignement technique, mais son professeur de chimie détecte son talent pour les sciences. Di Rupo comprend que les études l’aideront à se construire un avenir. Il s’y adonne avec énergie et réalise un doctorat en Sciences à l’Université de Mons, où il exercera ensuite une fonction de conseiller d’administration.

Premiers pas en politique

Pendant ses études, le jeune Di Rupo milite au sein du parti socialiste francophone. En 1982, il reçoit son premier mandat, comme conseiller communal à Mons. Quatre ans plus tard, il devient échevin de la Santé, de la Rénovation urbaine et des Affaires sociales de cette ville. Il y créera d’ailleurs, en 1983, le Festival international du film d’amour.

De décembre 1987 à juillet 1989, Di Rupo est député pour l’arrondissement de Mons à la Chambre des Représentants. Lors des communales de 1988, il obtient le meilleur score sur la liste socialiste à Mons. Mais il est victime d’attaques à caractère xénophobe et accepte une place sur la liste socialiste pour les élections européennes de 1989. Il décroche un poste d’eurodéputé.

Rapide ascension en politique belge

En 1992, Elio Di Rupo fait son entrée au gouvernement de la Communauté française, comme ministre de l’Education, puis aussi de l’Audiovisuel et de la Fonction publique, jusqu’en 1994. Remplaçant Guy Coëme, qui a dû démissionner à la suite de l’affaire de fraude Agusta, Di Rupo entre fin janvier 1994 au gouvernement fédéral, en tant que vice-Premier ministre et ministre des Communications et des Entreprises publiques.

Dans le premier gouvernement rouge-romain de Jean-Luc Dehaene, le socialiste devient ministre de l’Economie et des Télécommunications. Il est reconduit dans le deuxième gouvernement Dehaene, ayant en plus le Commerce extérieur à sa charge, ce qui lui permet notamment d’accompagner le prince Philippe dans ses missions économiques à l’étranger.

En 1996, dans le prolongement de l’affaire Dutroux, Elio Di Rupo est accusé de pédophilie par un jeune homosexuel. Le jugement le blanchit néanmoins totalement. C’est alors que l’homme politique socialiste, qui a été marié pendant des années, parle pour la première fois ouvertement de son homosexualité. Il sera un des premiers hommes politiques belges à le faire.

Figure de proue du PS

Cet épisode pénible de sa vie privée ne freine néanmoins en rien sa carrière politique. A la suite des élections fédérales de 1999, Di Rupo devient ministre-président de la Région wallonne. Moins d’un an plus tard, il cède ce poste à Jean-Claude van Cauwenberghe (PS) parce qu’il vient d’être élu président du Parti socialiste. Un mandat qu’il combine dès fin 2000 avec celui de bourgmestre de Mons, à la suite des élections communales. En 2002, il reçoit le titre honorifique de ministre d’Etat du roi Albert II.

En 2004, Di Rupo innove en formant une coalition non plus avec les libéraux du MR, comme au niveau fédéral, mais avec le CDH démocrate-chrétien. Il préfère clairement une alliance rouge-romaine pour la Région wallonne. Mais un an après les élections régionales, son parti est en crise à la suite de divers scandales de fraude et de corruption dans les régions de Charleroi et Namur, notamment. Ces scandales forcent le ministre-président wallon Jean-Claude Van Cauwenberghe de démissionner en octobre 2005. Elio Di Rupo reprend alors ses fonctions, en plus de la présidence du PS.

Malgré les pertes importantes du parti socialiste francophone aux élections fédérales de juin 2007, et à la suite de tentatives infructueuses de former une coalition libérale-chrétienne-nationaliste flamande, le PS est rappelé au gouvernement fédéral. Entretemps, Di Rupo a renoncé à son mandat de ministre-président wallon et se concentre sur la présidence du PS.

Malgré des affaires locales et des crises internes, le PS retrouve largement sa domination en Communauté française aux régionales de juin 2009. Un an plus tard, aux élections fédérales anticipées de juin 2010, le PS devient le premier parti francophone et les socialistes la première famille politique du pays. Le nom d’Elio Di Rupo commence à être cité comme possible futur Premier ministre.

Formation record de 540 jours

En juillet 2010, le Roi charge Di Rupo d’une mission de préformation du gouvernement fédéral, faisant suite à la mission d’information confiée à Bart De Wever, le président de la N-VA qui a remporté en Flandre les législatives. La proposition du préformateur en matière de scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde, d’un refinancement de 300 millions d’euros par an pour Bruxelles et de 15 milliards de transferts de compétences aux Régions est rejetée par la N-VA et le CD&V en septembre 2010. Le Roi décharge Di Rupo de sa mission.

Le 16 mai 2011, le président du PS est à nouveau chargé d’une mission par Albert II, alors que les négociations de formation s’enlisent. En tant que formateur, Di Rupo doit négocier la sixième réforme de l’Etat et finalement constituer le nouveau gouvernement fédéral. Sa Note de base du 4 juillet 2011 est rejetée par la N-VA de Bart De Wever. Les négociations se poursuivent à 8 partis, sans les nationalistes flamands, avec progressivement un accord sur la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

En octobre dernier, Di Rupo restreint le nombre des partis négociateurs à six, renonçant à contrecœur à inclure les écologistes francophones et flamands dans la future coalition et n’y gardant que les CD&V, CDH, Open VLD, MR, PS et SP.A. Après de nouvelles semaines de négociations ardues, les six partis et le formateur parviennent enfin à s’entendre le 26 novembre sur le budget 2012, sous la pression des marchés financiers et de la Commission européenne.

Jeudi 2 décembre, les six partis négociateurs concluaient un accord de gouvernement, approuvé ce week-end par les congrès de participation des six formations politiques. Il ne restait donc plus aux négociateurs qu’à distribuer les portefeuilles ministériels, le poste de Premier ministre allant au formateur.

Elio Di Rupo devient ainsi le premier Premier ministre socialiste depuis 1974 et le premier francophone depuis Paul Vanden Boeynants en 1979. Il est aussi le premier Belge d’origine étrangère à diriger le gouvernement fédéral.