La station Princesse Elisabeth sans ravitaillement

Le navire danois "Mary Artica", qui doit approvisionner la station belge Princesse Elisabeth en matériel et en nourriture, est bloqué dans les glaces de l'Antarctique depuis une semaine. S'il n'y a pas péril en la demeure, la situation exige une bonne dose de débrouillardise, notamment dans le chef du responsable des repas.

Depuis quelques jours, David Rigotti, le chef cuistot, se creuse la tête pour essayer de varier les repas préparés pour les 23 personnes présentes actuellement dans la base Princesse Elisabeth.

Les produits frais, fruits et légumes notamment, commencent à manquer. Pour autant, il n'y a pas péril en la demeure. "Mourir de faim, c'est impossible, mais les menus vont commencer à se ressembler de plus en plus", explique le chef cuistot.

Le Mary Arctica est un navire polaire danois affrété par les équipes belge et norvégienne pour l'acheminement de matériel et de nourriture vers les stations Princesse Elisabeth et Troll. Ce navire, qui n'est pas un brise-glace, est pris au piège dans les glaces de mer qui s'ouvrent et se referment durant l'été au gré des courants et des tempêtes.

Le navire est bloqué à environ 130 kilomètres de Crown Bay, au nord-est du continent antarctique, lieu prévu pour le déchargement où il devait arriver le 24 décembre. "Le vent souffle à 45 km/h, il neige beaucoup", commente par radio le capitaine du Mary Artica, Hogni Petersen. "La visibilité est mauvaise et, même si la glace a parfois tendance à s'ouvrir, je ne vois rien devant moi, impossible d'avancer dans ces conditions."

Nourriture, matériel et une équipe de chercheurs

Le navire transporte à son bord 120 tonnes de fret nécessaire à la poursuite des activités jusqu'à la fin février. Outre du matériel pour la station, le navire abrite dans ses cales deux hélicoptères destinés à mener une importante mission scientifique allemande à laquelle participe l'université de Gand.

Une équipe composée de cinq géologues et d'un géophysicien est chargée d'explorer les sommets des montagnes Sor Rondane où se trouve la station Princesse Elisabeth, à 200 km à l'intérieur du continent. Pour l'instant, ils sont privés de moyen de transport vers les cimes.

Pour la Fondation polaire internationale (IPF), chargée du soutien logistique aux scientifiques et qui, pour cette mission allemande, prend en charge la location des hélicoptères, la situation est inédite.

Le pire des scénarios ?

Pour Alain Hubert (photo), chef d'expédition et président de l'IPF, différentes situations sont possibles. 

"Le pire des scénarios serait de devoir faire appel à un brise-glace pour secourir le Mary Arctica ou que, faute de carburant, le navire décide de rentrer faire le plein de carburant au Cap, en Afrique du Sud, pour revenir plus tard dans la saison. Dans les deux cas, cela engendrerait un surcoût inimaginable, alors que notre budget est déjà serré cette année."

Mais au sein de la station, on se veut optimiste. Une douzaine de personnes, dont les pilotes d'hélicoptère, sont en attente d'un départ imminent vers la côte pour aller vider les cales du Mary Arctica et poursuivre les opérations.

La station belge Princesse Elisabeth, inaugurée en 2009, est une base de recherche scientifique ouverte pendant l'été austral en Antarctique (Pôle sud). Cette saison 2011-2012, elle accueille une vingtaine de chercheurs qui se succèdent entre mi-novembre et fin février dans le cadre de programmes scientifiques belge (Belspo), allemand et japonais.