"Notre industrie ne récupère pas d’emplois perdus"

Un nombre croissant d’entreprises ramènent production et emplois de l’Asie vers l’Europe. La Belgique profite néanmoins peu ou pas du tout de cette nouvelle tendance, explique l’économiste Geert Noels. Il attribue cette situation à des décisions qui ont été prises il y a longtemps.

Interrogé ce lundi matin dans l’émission « De Ochtend » de la première chaîne radio de la VRT, l’économiste flamand Geert Noels (photo) de l’entreprise Econopolis y a décrit le phénomène de « backshoring » - que l’on pourrait décrire comme une « délocalisation à l’envers ». Elle concerne des entreprises européennes qui ont exporté leurs activités vers des pays où les coûts salariaux sont moins élevés - comme la Chine par exemple - et qui décident finalement de rapatrier à nouveau leurs activités en Europe, souvent en raison de difficultés rencontrées sur le terrain.

Selon le professeur allemand Kinkel, ce phénomène de retour des entreprises vers l’Europe serait même très répandu à l’heure actuelle. Ainsi, un quart des sociétés européennes qui investissent en Chine projetteraient de quitter le pays asiatique d’ici 4 ans maximum. En cause, les charges salariales en hausse pour du personnel qualifié, mais aussi le manque d’éthique et de capacité d’entreprise à long terme, ainsi que les coûts élevés d’énergie et de transports.

Les entreprises néerlandaises Philips et DSM ont ainsi déjà rapatrié vers les Pays-Bas un nombre important d’emplois. La Belgique semble par contre ne pas vraiment profiter de cette nouvelle tendance. Selon l’économiste Geert Noels la cause doit en être cherchée dans de mauvaises décisions prises il y a 10 à 15 ans.

Pour inverser la tendance, la Belgique devrait, selon Noels, utiliser du personnel correctement qualifié, faire preuve davantage encore d’un esprit d’entreprise, avoir une politique efficace et rapide dans le domaine des octrois de permis, mais aussi posséder une meilleure infrastructure et une coordination accrue entre les divers ports de mer. La répartition des compétences sur différents niveaux ne simplifierait pas les choses.

Quel type de pouvoir d’achat ?

Geert Noels estime que la ministre Ingrid Lieten est totalement à côté de la question quand elle déclare qu’il « faut arrêter de se plaindre toujours des coûts salariaux trop élevés » dans notre pays. L‘économiste estime que ce sujet doit pouvoir être débattu.

La TVA est certes moins élevée en Belgique que dans les pays voisins, et pourrait éventuellement être rehaussée, mais Noels veut se détacher de l’idée que le gouvernement peut continuer à inventer toujours des nouvelles taxes. Au lieu de cela, les autorités feraient mieux de réduire leurs dépenses et de travailler de façon plus efficace.

Selon l’économiste flamand, le gouvernement doit maintenant choisir entre un pouvoir d’achat accru à court terme et à long terme davantage d’emplois.