Un nombre record d’universitaires au chômage

Alors que le taux d’emploi des diplômés du supérieur se stabilise de longue date à 86%, le nombre de chômeurs de cette catégorie a par contre augmenté de 115% au cours des 10 dernières années. En cause notamment, l’inadéquation entre la matière étudiée à l’université et les exigences réelles du marché de l’emploi.

Une enquête du ministère belge de l’Economie sur les forces de travail, publiée ce jeudi, confirme que les jeunes à niveau d’instruction élevé continuent d’avoir une longueur d’avance sur le marché de l’emploi par rapport à ceux qui n’ont pas bénéficié d’une formation aussi poussée. Ainsi, sur 100 jeunes de moins de 30 ans qui ont quitté l’enseignement en 2009 avec un diplôme d’enseignement supérieur, 84 avaient un emploi en 2010, contre 59% des jeunes à niveau d’instruction moyen (enseignement secondaire supérieur) et 29% des jeunes à niveau d’instruction faible (certificat d’études primaires ou de l’enseignement secondaire inférieur).

Bien que le taux d’emploi des diplômés du supérieur se situe depuis des années maintenant autour des 86% et que ces derniers courent encore toujours nettement moins de risques de sombrer dans le chômage de longue durée, le nombre de diplômés du supérieur qui sont au chômage a augmenté de 115% ces dix dernières années. A tel point que le nombre d’universitaires à la recherche d’un emploi a atteint un niveau record.

A l’heure actuelle, plus de 13% de tous les chômeurs sont détenteurs d’un diplôme supérieur, alors qu’il n’y en avait que 7% il y a dix ans, indique ce jeudi le quotidien De Morgen, sur base des statistiques de l’Office national de l’emploi (Onem).

Il apparaît donc qu’il est devenu nettement moins évident, au cours de ces dernières années, pour un universitaire de trouver rapidement un emploi en Belgique. Les chiffres de l’Onem indiquent même que parmi les catégories de chômeurs qui sont en hausse celle des universitaires a enregistré la progression la plus rapide entre 2000 et 2010. Ainsi à Bruxelles, les universitaires représentent maintenant 17% (soit une augmentation de 203%) de tous les chômeurs complets indemnisés, alors qu’en Flandre ils représentent 14% (soit + 119%) et en Wallonie 10% (soit + 78%) du nombre total des demandeurs d’emploi.

Pour comparaison, pendant la même période de temps, la proportion de chômeurs qui n’ont aucun diplôme n’a augmenté que de 24%. En chiffres absolus, le nombre de chômeurs sans aucun diplôme augmente encore plus rapidement, notamment parce qu’un pourcentage plus élevé de la population totale est peu ou pas qualifié.

Viser un enseignement mieux adapté ?

L’augmentation du chômage des diplômes supérieurs provient cependant aussi du fait qu’une proportion grandissante de la population fait des études supérieurs ou universitaires. En dix ans de temps, la proportion de diplômés de l’enseignement supérieur est passée de 25% à 35%.

Mais la hausse du chômage des personnes très qualifiées vient aussi de la « fuite du savoir ». Ceci signifie qu’après avoir terminé leurs études supérieures dans les centres urbains, nombre de jeunes restent dans ces villes et ne retournent plus dans leur village d’origine. A tel point qu’à Bruxelles, par exemple, la proportion des diplômés supérieurs au sein de la population active est maintenant de 37%. En Flandre, elle est de 26,5% et en Wallonie de 25%.

Selon des spécialistes, la raison principale de la hausse du pourcentage d’universitaires au chômage serait néanmoins l’inéquation entre la matière qui est enseignée sur les bancs de l’université et les exigences réelles du marché de l’emploi.

D’autre part, les auditoires des écoles supérieures et universités regorgent d’étudiants en sciences sociales et en sciences de la communication, alors que notre société a un besoin criant d’ingénieurs, notamment. Les jeunes semblent néanmoins se détourner de ce domaine, autrefois nettement plus prisé. En réaction à ce phénomène, le ministère flamand de l’Enseignement a lancé récemment une collaboration avec des entreprises, pour tenter d’intéresser un nombre croissant d’écoliers aux sciences et les encourager à entreprendre des études supérieures dans ce domaine.