"L’animation belge se porte moyennement bien"

Le festival Anima 2012, qui se déroule au Flagey (Bruxelles) du 17 au 26 février, propose une programmation élaborée de courts et longs métrages d’animation internationaux, mais aussi belges. Plusieurs séances sont ainsi consacrées aux réalisations nationales. Mais selon le co-directeur du festival, Philippe Moins, le secteur se porte moyennement bien en Belgique.

Anima a sélectionné l’an dernier une petite centaine de courts métrages belges, dont vingt sont en compétition officielle pour cette édition 2012. Si cette programmation démontre un signe de vitalité dans notre pays, la situation de l’animation belge n’est toutefois pas des meilleures.

"L’animation en Belgique va moyennement bien. De nombreux étudiants sortent de nos écoles, mais beaucoup se retrouvent à bosser dans d’autres secteurs car il existe peu de studios dans notre pays", explique le co-directeur du festival Anima et professeur d’histoire de l’animation à La Cambre, Philippe Moins, dans le cadre d’un entretien accordé à Flandreinfo.be. "Un grand nombre d’entre eux partent par ailleurs à l’étranger, et vont ainsi travailler en France, en Grande-Bretagne, ou aux Etats-Unis".

Philippe Moins fait état d’un bilan mitigé pour le secteur. "La Belgique n’est plus, comme auparavant, un grand centre de l’animation. Avec le développement des technologies, comme par exemple l’infographie, la filière de l’animation dans les écoles d’art est très suivie. Mais il n’y a hélas pas suffisamment de débouchés par rapport aux ambitions", fait-t-il remarquer.

"Dans ce secteur, les gens sont comme des nomades, ils vont là où il y a du travail", souligne-t-il. Ces derniers quittent donc la Belgique, ou cherchent encore un emploi qui nécessite un recours à l’animation au niveau de la technique, comme par exemple pour des sites internet, plutôt que de la réalisation au sens propre.

"Il y a en Belgique un manque d’industrie de l’animation, au niveau professionnel. On réalise davantage de l’animation artisanale, et c’est là que le bât blesse", souligne encore Philippe Moins. Ce dernier évoque par ailleurs un manque de producteurs brillants. "Parfois, les moyens de réalisation existent, mais il n’y a pas beaucoup de gens qui ont l’étincelle nécessaire, comme par exemple Arnaud Demuynck ou encore Vincent Tavier". Selon Philippe Moins, la passion du métier est primordiale dans un secteur qui rapporte peu.

Un style belge qui s’internationalise

Si la Belgique connaissait auparavant des influences surréalistes ou encore fantastiques, le style actuellement adopté par les réalisateurs semble davantage se standardiser.

"Dans les années 80’s par exemple, il y avait une nette influence de la bande dessinée et de la ligne claire. Aujourd’hui, les influences sont multiples. Il y a beaucoup de co-production et le style a ainsi tendance à s’internationaliser, mais donc aussi à se standardiser. On retrouve le même genre de travail partout".

"Certains gardent toutefois une certaine particularité. On parle souvent de décalage belge. C’est une façon de ne pas se prendre trop au sérieux. La Belgique est un petit pays, et on a donc tendance à se réfugier dans l’auto-ironie", remarque encore Philippe Moins.

Cette "mondialisation" de l’animation favorise toutefois à une absence de différence dans les réalisations des différentes régions du pays. "En Belgique, les gens ont tendance à travailler ensemble. Dans les studios bruxellois, on retrouve ainsi souvent des Bruxellois, mais aussi des Wallons et des Flamands". Aucune région ne semble ainsi se démarquer dans le domaine.

La programmation belge : une mission du festival

Chaque année, le festival de film d’animation consacre une partie non négligeable de sa programmation à la création nationale. Une petite centaine de films belges ont ainsi été sélectionnés pour 2012. Il s’agit principalement de courts-métrages, de publicités ou de clips musicaux. Ceux-ci sont diffusés lors de quatre programmations, dont deux consacrées aux films en compétition officielle.

Des expositions, des ateliers, mais aussi des rétrospectives sont par ailleurs organisées. Cette année le festival a mis à l’honneur les Belges Vincent Bierrewaerts et Manuel Gomez. La tenue annuelle de Futuranima permet en outre aux jeunes talents d’entrer en contact avec des professionnels de l’animation.

"Dès qu’on a l’occasion de mettre en valeur un talent de chez nous, on le fait, même si ce n’est pas une obligation. La programmation belge est l’une des missions du festival", conclut le co-directeur d’Anima.

Notons que le festival récompense annuellement les lauréats des compétitions. Ces prix sont offerts sous forme de programmes informatiques, droits de diffusion, ou encore de soutien financier. Le montant total des prix consacrés par le festival aux réalisations belges avoisine les 20.000 euros.

Joyce Azar