"De l’aide au développement dans des paradis fiscaux"

Selon la coupole 11.11.11, qui regroupe 80 ONG de coopération, plus de 100 millions d’euros du budget belge d’aide au développement séjourneraient dans des paradis fiscaux au lieu d’être investis dans des projets efficaces. La coupole demande une réforme en profondeur de BIO, la Société belge d’investissement pour les pays en développement. Le ministre Paul Magnette réclame pour sa part des explications.

La coupole 11.11.11. - qui regroupe près de 80 organisations non-gouvernementales de développement, des syndicats et des associations d’éducation permanente engagées dans la solidarité internationale - a contrôlé le fonctionnement de BIO, la Société belge d’investissement pour les pays en développement.

BIO est financée pour moitié par l’Etat belge et pour l’autre moitié par le secteur privé. Le Fonds est chargé de promouvoir le développement dans les pays les plus pauvres par des investissements dans le secteur privé, essentiels au développement social de ces pays. Il doit donc soutenir le secteur privé dans les pays en développement ou émergents pour leur permettre d’accéder à une croissance et un développement durables, précise son propre site internet.

La coupole 11.11.11. a constaté que BIO doit réaliser un rendement de 5% dans les investissements qu’il réalise et se concentre donc davantage sur de bonnes opérations économiques que sur des projets d’entreprises durables.

« BIO investit ainsi, par exemple, dans la culture d’asperges au Pérou, ce qui rapporte bien du point de vue économique. Mais les Péruviens n’aiment pas les asperges d’une part, et d’autre part cette culture nécessite beaucoup d’eau et d’énergie et n’est donc pas réellement écologique », explique Bogdan Van den Berghe (photo) de 11.11.11.

La coupole a également constaté que plus de 100 millions d’euros d’aide au développement transitent par des paradis fiscaux. « Nous estimons que l’argent devrait bien mieux être investi dans les pays en voie de développement, de telle sorte que quand les entreprises font des bénéfices elles payent des impôts dans ces pays, permettant à ces derniers d’investir à leur tour dans le développement durable ».

11.11.11. qualifie le travail de BIO de peu efficace et dépourvu de transparence. La coupole a demandé aux autorités de geler le budget de la Société belge d’investissement pour les pays en développement et de réformer en profondeur cette instance.

Paul Magnette demande des explications

Suite à l’enquête de la coupole 11.11.11 et à des révélations allant dans le même sens faites par le quotidien bruxellois Le Soir, le ministre Paul Magnette (photo) chargé de la Coopération au développement a demandé au commissaire du gouvernement auprès de BIO et au président de cette Société de lui fournir « dans les meilleurs délais » un rapport complet et circonstancié sur d’éventuels placements dans des fonds d’investissements situés dans des paradis fiscaux.

Le ministre souhaite mener à bien une réforme de BIO, estimant que « la croissance des moyens financiers n’avait jamais été accompagnée par des adaptations structurelles et organisationnelles de cette société, dont l’Etat belge est actionnaire à 84% ». Il projette également une loi pour interdire à BIO de procéder à des placements financiers dans des fonds d’investissements off-shore.

Paul Magnette a tenu d’autre part à souligner que les autres acteurs de la coopération au développement, l’administration, le secteur public et les ONG font régulièrement l’objet d’évaluations et effectuent un travail très satisfaisant.