Un Flamand décédé en résidence forcée à Pékin

Le marchand d’objets d’art de 48 ans, originaire de Roosdaal (Brabant flamand), a succombé des suites d’une crise cardiaque. Il avait été arrêté en 2006 et condamné à perpétuité pour trafic d’antiquités et était assigné à résidence depuis 4 ans. Sa santé s’était progressivement détériorée. Sa dépouille a été rapatriée en Belgique.

Le décès de Kurt De Raedemaeker remonte au 6 mars dernier, mais la nouvelle n’a été divulguée que ce mercredi. L’homme de 48 ans décédé des suites d’une crise cardiaque a été enterré vendredi dernier dans l’intimité familiale. Son corps avait pu être rapatrié en Belgique à la suite d’une procédure très compliquée avec la Chine.

En 2003, le sinologue et marchand d’objets d’art originaire du Brabant flamand avait acheté à Pékin un sarcophage ancien, qu’il avait ensuite revendu à un Américain. Ce dernier l’avait à son tour donné en prêt au Musée Guimet de Paris.

Selon De Raedemaeker, l’achat avait été effectué en toute légalité. Il possédait les autorisations chinoises nécessaires pour le prouver. Mais les autorités chinoises avaient exigé que le Belge rende le sarcophage, estimant qu’il s’agissait d’un trésor national qui avait été exporté par le biais d’un trafic illégal. Elles évaluaient la valeur du sarcophage à 1,2 million d’euros.

En 2006, le Belge était arrêté à l’aéroport de Pékin et condamné à la prison à perpétuité. Une peine très lourde, alors que le marchand d’objets d’art flamand continuait à clamer sa bonne foi et affirmait être la victime de pratiques corrompues de la police chinoise. Emprisonné dans la province de Gansu, d’où venait le sarcophage, De Raedemaeker obtenait en 2008 l’autorisation d’être transféré à Pékin, pour raisons de santé. Il était aussi autorisé à séjourner dans une chambre d’hôtel, à ses frais, et était surveillé en permanence.

Privé de papiers d’identité, le Belge ne pouvait quitter la Chine. Il refusait toute collaboration avec la police chinoise, même lorsque le propriétaire américain du sarcophage proposa de le rendre à la Chine. De Raedemaeker craignait en effet signer ainsi sa peine de mort. Entretemps, il aurait eu besoin d’une lourde opération au cœur pour pouvoir guérir.

Médiation inutile ?

Ces dernières années, les autorités belges avaient réclamé à plusieurs reprises l’extradition du sinologue flamand, pour des raisons humanitaires. Selon le correspondant de la VRT à Pékin, Tom Van de Weghe, l’ancien Premier ministre Yves Leterme (photo) avait explicitement demandé à son collègue chinois Wen Jiaboa, lors d’une visite à Pékin en 2008, de libérer De Reademaeker. L’ancien ministre des Affaires Etrangères, Karel De Gucht, aurait réitéré cette demande, et même le Roi Albert II se serait inquiété du sort du Belge.

Mais les autorités chinoises avaient toujours refusé de donner suite à la demande belge, estimant que notre pays ne pouvait donner des garanties juridiques que Kurt De Raedemaeker purgerait effectivement l’entièreté de sa peine.

Le porte-parole des Affaires Etrangères, Michel Malherbe, a réagi depuis la République démocratique du Congo, où il accompagne actuellement le ministre Didier Reynders, aux critiques de la famille et d’amis du défunt sur la manière dont les autorités belges auraient laissé « pourrir le dossier ». « Il ne peut être question de négligence des autorités belges dans ce dossier. Nous avons épuisé tous les moyens à notre disposition pour tenter de faire rentrer Kurt De Raedemaeker en Belgique. Dans l’une de ses dernières lettres, il a d’ailleurs expressément remercié l’ambassade à ce sujet ».