Qui étaient les Belges à bord du Titanic ?

Lors de son voyage inaugural, qui prit fin tragiquement dans la nuit du 14 au 15 avril 1912 au large de Terre-Neuve, le paquebot transatlantique britannique Titanic transportait 27 Belges à destination de New York. Seulement 7 survécurent au naufrage. Voici certains de leurs récits, racontés par le journaliste Dirk Musschoot dans son livre récent sur les Belges et les Néerlandais à bord du célébrissime paquebot.

La plupart des 27 Belges qui embarquèrent à bord du Titanic au printemps 1912 étaient originaires de Flandres occidentale ou orientale, et la majorité étaient des ouvriers ou saisonniers qui espéraient trouver un avenir meilleur aux Etats-Unis, alors que la crise économique sévissait en Belgique.

Vingt-cinq Belges embarquèrent sur le paquebot transatlantique en tant que passagers, souvent par petits groupes d’amis ou en famille. Deux autres Belges travaillèrent sur le Titanic pendant son voyage fatal. Il s’agissait de Georges Aspeslagh, originaire d’Ostende, qui travailla dans le restaurant « à la carte » de première classe. Il était responsable de la vaisselle et devait bien faire briller l’argenterie !

Et puis il y avait le violoniste Georges Krins, originaire de Spa (province de Liège), qui dirigea le « Trio String Orchestra » à bord du navire. Il avait fait le Conservatoire de Liège et avait joué à Paris et Londres comme violoniste, avant d’embarquer sur le Titanic. Il est décédé à 23 ans dans le naufrage. Aspeslagh y laissa également la vie.

La famille Van Impe, originaire de Kerksken près d’Alost (Flandre orientale), n’avait pas l’argent pour acheter les billets et vendit donc toutes ses possessions pour pouvoir embarquer. Jean-Baptiste Van Impe, sa femme Rosalie Govaert et leur fille Catharina périrent tous trois dans le naufrage.

Seuls deux des 27 Belges voyagèrent en première classe : la chanteuse et actrice de cabaret Bertha Mayné et le diamantaire juif d’Anvers Jacob Birnbaum. Sur le Titanic, Bertha Mayné entama une relation secrète avec le joueur de hockey canadien Quigg Baxter. On raconte que ce n’est que pendant l’opération de sauvetage que les amoureux durent révéler la nature de leur relation parce que la mère de Baxter voyageait avec lui.

Jacob Birnbaum n’aurait, lui, même pas dû se trouver à bord du Titanic. Il avait en effet réservé un billet sur un autre bateau pour se rendre à New York, mais sa famille lui demanda de retarder son voyage de quelques jours pour passer Pâques avec elle. Il ne survécut pas au drame, mais il serait l’un des seuls Belges dont le corps a été retrouvé dans l’épave du paquebot.

Des témoignages, parfois déformés

Parmi les 7 Belges qui survécurent, il y avait Jean Scheerlinck, Jules Sap et Theodoor De Mulder. Tous trois racontèrent par la suite des récits bien différents sur la façon dont ils furent sauvés, affirmant avoir sauté dans l’eau juste avant que le navire ne coule complètement. Mais il est possible qu’au moins l’un d’entre eux ait obtenu une place dans l’une des chaloupes.

Les trois hommes inventèrent peut-être leur récit, ou y ajoutèrent des détails spectaculaires pour expliquer comment ils avaient survécu. Les femmes et les enfants ayant priorité absolue pour monter à bord des chaloupes, un homme qui y avait pris place faisait figure de poltron. Jules, Jean et Theodoor se retrouvèrent en tous cas sans un sou à New York et décidèrent de raconter leur histoire à qui voulait l’écouter, pour un peu d’argent. Leur manager s’enfuit cependant avec l’argent récolté. Finalement, les trois Flamands reçurent une compensation de la Croix Rouge pour les victimes du Titanic.

Jules Sap (photo, au centre entre ses fils) devint par la suite le plus célèbre des Belges survivants. De retour au pays, il raconta son histoire dans les cinémas et devint une réelle célébrité. « Il est le seul des survivants qui soit parvenu à digérer complètement le drame qu’il a vécu. Les autres en ont toujours souffert », conclut l’auteur Dirk Musschoot.