Attitude "nauséabonde" de Laurent Louis

L’unique élu du Mouvement pour la Liberté et la Démocratie (MLD, extrême droite), Laurent Louis, a brandi hier des photos issues du dossier d’autopsie de Julie et Mélissa, deux des jeunes victimes du pédophile meurtrier Marc Dutroux, suscitant ainsi l’indignation générale du monde politique francophone. La ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet a dans ce cadre demandé d’examiner la levée de l’immunité parlementaire de Laurent Louis. Le père de l’une des victimes, Jean-Denis Lejeune, estime pour sa part que le député doit démissionner.

C’est au cours d’une conférence de presse que le député MLD a exhibé les photos de Julie Lejeune et de Melissa Russo que Marc Dutroux avait laissé mourir de faim dans une cave après les avoir enlevées en 1995. Après la tenue de cette conférence, Laurent Louis a par ailleurs publié le rapport d’autopsie des deux jeunes victimes sur son site internet.

Les corps de Julie et Melissa avaient été retrouvés dans un propriété de Marc Dutroux en 1996, peu après l'arrestation du pédophile, provoquant une émotion sans précédent qui perdure en Belgique plus de 15 ans après l'éclatement de l'affaire.

Le député de 32 ans, connu pour ses déclarations tonitruantes sur les gens du voyage ou sur l'abattage rituel, entendait cette fois dénoncer "l'institutionnalisation de la pédophilie au sein de l'Etat" belge. Il a invité les citoyens intéressés à venir consulter à son domicile ces clichés qui, selon lui, prouvent que la justice belge a "caché" la vérité sur les circonstances de la mort des deux fillettes de huit ans.

Pendant la séance des questions au gouvernement jeudi après-midi au Parlement, l'ensemble des députés, à l'exception de trois élus flamands du Vlaams Belang et de Jean-Marie Dedecker, ont quitté l'hémicycle lorsque M. Louis est monté à la tribune (photo).

Le président de la Chambre des représentants, André Flahaut, a "condamné fermement" l'attitude du député qu'il a jugée "nauséabonde".

La semaine passée, le député avait déjà créé la polémique en faisant écho à une lettre anonyme alléguant des faits de pédophilie commis par des personnalités importantes, rappelant de la sorte les heures sombres qui suivirent le déclenchement de l'affaire Dutroux. Il y sous-entend par ailleurs que les parents de Julie et Melissa avaient été "achetés" par les autorités.

Levée d’immunité et démission demandées

La ministre de l'Intérieur, Joëlle Milquet (cdH), a appelé à examiner comment l'immunité parlementaire de Laurent Louis peut être levée. "On a atteint les confins de l'abject", a-t-elle déclaré au micro de Matin Première (RTBF). "J'avais les larmes aux yeux quand j'ai eu Jean-Denis Lejeune au téléphone", a-t-elle ajouté.

Selon la ministre, il convient d'examiner la levée de l'immunité parlementaire. "L'appareil judiciaire doit se mettre en route", a-t-elle dit, évoquant plusieurs chefs d'inculpation possibles, comme la violation du secret professionnel ou la diffamation.

De son côté, Jean-Denis Lejeune (photo) a demandé la démission du député MLD. "Indépendamment des poursuites pénales et civiles, Jean-Denis Lejeune estime que Laurent Louis devrait avoir la décence de quitter ses fonctions parlementaires, compte tenu de son comportement indigne et irresponsable", a déclaré son avocat, Jean-Yves Marichal.

Un parcours hasardeux

Laurent Louis, âgé de 32 ans, a été élu un peu par hasard à la Chambre en juin 2010, à la faveur de l'apparentement et du bon score bruxellois du Parti Populaire fondé par l'avocat Mischaël Modrikamen. Rapidement, les relations entre les deux hommes se sont détériorées et l'unique député du PP a été exclu du parti en janvier 2011. Quelques semaine plus tard, celui-ci a fondé le Mouvement pour la Liberté et la Démocratie (MLD).

Dès le début de son mandat, M. Louis s'est distingué par des déclarations sur les Roms, qualifiées de racistes par d'aucuns. Il a enchaîné les prises de position polémiques et, le 9 novembre 2011, le Centre pour l'égalité des chances et de lutte contre le racisme a décidé de porter plainte contre lui, plusieurs de ses prises de position étant susceptibles de constituer, dans leur ensemble, une incitation à la haine à l'égard de plusieurs communautés du pays.