Cannes à nouveau charmé par Emilie Duquenne

L'actrice belge Emilie Dequenne s'est vu attribuer samedi soir au 65e Festival du Film de Cannes le prix de la Meilleure actrice pour son rôle de mère infanticide dans le film du réalisateur belge Joachim Lafosse "A Perdre la Raison" qui concourait dans la catégorie "Un certain Regard".

Le long-métrage belge "A perdre la raison" retrace l'histoire de Mounir (Tahar Rahim), jeune Marocain, qui vit chez un médecin aisé (Niels Arestrup). Même après avoir rencontré une jeune femme (Emilie Dequenne) avec laquelle il aura quatre enfants, Mounir restera habiter avec sa famille chez le médecin.

Incarnant le personnage d'une mère infanticide dans cette fiction inspirée librement de l'affaire Lhermitte, Emilie Dequenne, 30 ans, s'est dit ravie de ce prix d'interprétation féminine. Ce rôle, elle l'a préparé en se protégeant beaucoup.

"En essayant de mettre une vraie barrière entre ce personnage et moi. Parce que la mère de famille que j'interprète est bien plus que dans la dépression", a confié l'actrice à l'Agence BELGA, juste après avoir reçu son prix. "Ça ne me gênait pas d'utiliser mes propres névroses et d'y aller à fond, mais il était hors de question que je m'y blesse et que je m'y perde. Et puis j'ai une famille aussi. Il était essentiel pour moi d'être bien en rentrant le soir".

Concernant l'affaire Lhermitte, du nom de cette femme qui a tué ses cinq enfants à Nivelles en 2007, Emilie Dequenne raconte qu'elle ne s'est pas documentée sur le sujet. "Je suis restée dans la fiction. C'est essentiel. J'ai reçu un scénario, j'en suis ressortie complètement retournée. Je pensais qu'un grand rôle de tragédie classique je ne l'aurais qu'au théâtre, alors qu'on me l'a proposé au cinéma", explique-t-elle.

"En plus j'adore le cinéma de Joachim Lafosse. Quelle claque ce film-là. Et évidemment, je n'ai pas été complètement hermétique à tout. Parce que ça en a fait du bruit. Comme je vis à Paris, c'est un peu différent. Je n'ai pas trop été atteinte par la polémique parce que dans ma famille ce sont des gens plutôt intelligents et qui ont une vraie distance. Qui savent vraiment faire la distinction entre le cinéma et la réalité. J'ai été énormément soutenue pour faire ce film", confie encore Emilie Dequenne.

Emilie Dequenne, dont c'est la deuxième récompense à Cannes après son Prix d'interprétation pour son rôle dans "Rosetta" en 1999, a remercié "l'équipe merveilleuse" du film, son mari et ses enfants.

De son côté, Joachim Lafosse s’est dit particulièrement ému par le prix d’Emilie Dequenne. "Je sais ce que Emilie Dequenne a donné, les risques qu'elle a pris, la manière dont elle a presque psychiquement souffert en endossant ce rôle. Qu'on reconnaisse son travail, qu'il y ait un public étranger hors du contexte lié au fait-divers, à toute la polémique sur ce film, qui soit bouleversé par ce qu'elle fait dans ce film c'est la plus belle récompense. On a essayé de faire un film subtil, pas vulgaire, pas choquant. On a été bouleversé par cette histoire", a-t-il ainsi commenté.

Le film "A perdre la Raison" sort en Belgique ce mercredi 30 mai.