Martin reste en prison jusqu’à la décision de Cassation

A la suite de la décision, mardi matin, du tribunal d’application des peines de Mons d’accorder à l’ex-épouse du pédophile Marc Dutroux une libération conditionnelle (au terme de 16 ans d’emprisonnement sur une peine de 30 ans d’incarcération), le parquet général de Mons a introduit mardi après-midi un pourvoi en Cassation contre la libération conditionnelle de Michelle Martin. La Cour a 30 jours maximum pour statuer. Martin, qui devrait être hébergée dans un couvent de Clarisses à Malonne, ne quittera pas la prison avant que la Cour ne se soit prononcée.

Le tribunal d’application des peines de Mons a estimé que Michelle Martin (âgée aujourd’hui de 52 ans) présente des perspectives de réinsertion sociale finalisées tant en matière d’hébergement, d’occupation que de poursuite de la prise en charge thérapeutique, indique le jugement de mardi. Il estime en outre que les conditions d’éloignement géographiques sollicitées par les victimes dans leur intérêt sont raisonnablement rencontrées. La proposition d’hébergement au sein de la communauté monastique de Malonne (province de Namur) résulterait en outre de contacts établis de longue date avec des membres de la congrégation religieuse, qui a marqué son accord après mûre réflexion.

Parmi les conditions particulières à la libération conditionnelle de Michelle Martin, figure l’interdiction de se rendre ou de résider dans les provinces de Liège et du Limbourg. L’ex-épouse du pédophile Marc Dutroux (photo), condamné lui à perpétuité, ne pourra nullement entrer en contact avec les victimes ou ayant-droits, se rendre à l’étranger sans autorisation du tribunal, faire des déclarations aux médias. Elle devra aussi poursuivre son suivi psychologique.

A la suite de la décision du tribunal d’application des peines de Mons, l’avocat des parties civiles Maître Georges-Henri Beauthier a introduit rapidement, ce mardi, un pourvoi en Cassation. Dans le courant de l’après-midi, le procureur général de Mons décidait de se joindre aux parties civiles en introduisant à son tour un pourvoi en Cassation. Une équipe de juristes se penche actuellement sur le dossier, indique le procureur général.

La Cour de Cassation a maintenant un délai maximal de 30 jours pour statuer. Pendant ce temps, Michelle Martin restera en prison. Elle ne rejoindra donc pas tout de suite le couvent de Clarisses de Malonne, qui est prêt à l’accueillir selon une formule « au pair », où Martin sera nourrie et logée en contrepartie de 20 heures de travail compensatoire par semaine.

"La justice suivra de près le respect des conditions"

A la suite des vives réactions - politiques notamment, mais aussi de la part des familles des victimes de Dutroux et des habitants qui résident près du couvent de Malonne - qu’a soulevé ce mardi l’annonce de la libération conditionnelle de Michelle Martin, la ministre de la Justice Annemie Turtelboom (photo) a déclaré mardi soir que la Justice suivra de près si les conditions de la libération sont respectées.

« Si la Cour de Cassation estime qu’il n’y a pas eu de faute dans la procédure et que Michelle Martin est effectivement libérée, l’assistant de la justice veillera de près au respect des conditions de la libération », précise Turtelboom.

La plupart des quotidiens flamands et francophones titrent ce mercredi sur la libération conditionnelle de Michelle Martin, avec des sentiments très mitigés. Ils notent des lacunes dans la législation, tout en précisant que la loi s’applique à tout le monde, même à l’ancienne épouse de Marc Dutroux. Les éditorialistes compatissent également avec la colère, les frustrations, l’amertume et le sentiment d’injustice ressentis par les familles des victimes.

La plupart des quotidiens soulignent néanmoins que l’accord du gouvernement Di Rupo prévoie un renforcement de la durée de séjour minimum en prison en cas de condamnation à 30 ans et plus. La ministre de la Justice Annemie Turtelboom (Open VLD) déposera d’ailleurs un projet de loi qui devrait être voté dans ce sens d’ici la fin de cette année.