Di Rupo salue "un homme d'Etat de grande envergure"

Le Premier Ministre Elio Di Rupo (PS) a salué mardi la mémoire de l'ancien président du PS Guy Spitaels, "un homme d'Etat de grande envergure". Guy Spitaels "a notamment contribué de manière significative à transformer la Belgique en un pays fédéral avec des Régions et des Communautés aux compétences importantes", relève Elio Di Rupo dans un communiqué.

Durant les années 80, à la tête du Parti socialiste, Guy Spitaels a modernisé le PS et l'a mené à de grands succès électoraux", ajoute-t-il.
"Erudit, rigoureux, ouvert, il a réussi à conduire une action politique déterminante et à mener une brillante carrière de professeur d'université et d'auteur respecté", conclut le Premier ministre, qui "adresse à son épouse Anne, à son fils Thomas et à toute sa famille ses plus sincères condoléances".

Hommage des ministres-présidents Demotte et Picqué

Pour le ministre-président de la Région Wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles Rudy Demotte (photo), la Wallonie perd un grand homme.

Pour le ministre-président bruxellois Charles Picqué, Guy Spitaels "a su admirablement conjuguer la rigueur de l'intellectuel professeur d'université avec les qualités de gestionnaire politique impliqué concrètement dans la vie politique, y compris au plan local".

Rudy Demotte rappelle qu'au delà de l'adhésion aux mêmes valeurs, beaucoup d'éléments le rapprochaient du défunt et notamment le fait qu'ils étaient tous les deux Wallons picards.
"Guy Spitaels restera incontestablement dans l'Histoire comme le responsable politique qui a consacré la maturité de la Région wallonne. En quittant, en 1992, son mandat de président du Parti socialiste pour devenir le ministre-président d'une Wallonie qui commençait à s'affirmer politiquement, il a souligné, de manière éclatante, l'importance stratégique de la Région pour l'avenir des Wallons. Par ce geste également, il a contribué de manière déterminante à l'évolution fédérale de l'Etat belge, dont il fut un des négociateurs majeurs", souligne Rudy Demotte.

Guy Spitaels "avait une vision claire et ambitieuse pour la Wallonie et, surtout, une confiance forte dans la capacité des Wallons à assumer leur avenir. C'est lui également qui mit la dynamique des fonds structurels européens au service d'une stratégie d'ensemble pour le redéploiement wallon".

Quant à Charles Picqué il souligne que si le PS et la Wallonie lui doivent beaucoup, la Région bruxelloise doit également énormément à Guy Spitaels. "C'est en effet grâce son action politique comme président du PS que la création de la troisième Région a été rendue possible en 1988, Guy Spitaels estimant que les Bruxellois devaient pouvoir jouir des mêmes droits que les autres habitants du pays".

Pour Charles Picqué, la Belgique perd un homme d'État qui a su, pendant des décennies de troubles institutionnels et de tensions communautaires, défendre à la fois les droits des francophones et les intérêts du pays.

Martens: "Il s'est radicalisé"

L'ancien Premier ministre Wilfried Martens, issu de la même génération politique que Guy Spitaels, se souvient de celui-ci comme d'un "socialiste du possible", qui "s'est fortement radicalisé sur le plan communautaire". "Une grande personnalité" en tout cas.

Guy Spitaels fut vice-Premier ministre dans le premier gouvernement dirigé par Wilfried Martens, en 1979. Il fut l'un des artisans de l'accord communautaire de 1980. "Il était alors un homme modéré, un socialiste du possible, également sur le plan communautaire", note Wilfried Martens.

Après le rejet socialiste du plan de réformes préparé par Wilfried Martens, Guy Spitaels choisit la présidence du PS et mène une opposition dure contre les mesures d'économies menées ensuite par les chrétiens-démocrates et les libéraux.

Sur le plan communautaire, Wilfried Martens se souvient d'une radicalisation de Guy Spitaels dans les années 1980. "Il y a dû avoir un déclic. Il s'est fortement radicalisé. Dans la dernière interview de lui que j'ai lue, il se montrait très pessimiste sur les relations communautaires. Il disait qu'il ne s'investirait plus pour la Belgique, un avis que je ne partage pas".

En dépit de leurs divergences, Wilfried Martens était présent l'an dernier à la célébration du 80e anniversaire de Guy Spitaels. "Il était alors en pleine forme. Cela me surprend d'apprendre qu'il soit sans doute décédé d'une tumeur", dit-il encore.

Claes: "Une forte personnalité"

Guy Spitaels était une forte personnalité, tant sur le plan académique que politique. Sur le plan politique, il a marqué de son empreinte les années '80 et '90 du siècle passé. Pour ceux qui ne le connaissaient pas bien il apparaissait comme un sphinx, mais quand on le connaissait il était possible de bien travailler avec lui", a commenté l'ancien dirigeant socialiste flamand Willy Claes.

Ce dernier fut, comme Guy Spitaels, vice-Premier ministre dans plusieurs gouvernements Martens.

Willy Claes a souligné l'importance du rôle joué par Guy Spitaels dans le développement du PS qu'il a mené jusqu'à plus de 40 pc des suffrages émis, ainsi que sur le plan communautaire où il se montrait résolu et dur en négociation mais avec un grand sens du compromis équilibré.

Les deux hommes se sont retrouvés sur le banc des accusés devant la Cour de cassation dans l'affaire Agusta qui a mis fin à leur carrière politique respective. Willy Claes a dû démissionner de ses fonctions de secrétaire général de l'OTAN et Guy Spitaels de celles de ministre-président wallon.

"Je ne comprends toujours pas pourquoi nous nous sommes retrouvés sur le banc des accusés. Après ce procès, Guy Spitaels a totalement rompu avec la politique belge. Il ne voulait plus parler de la période Agusta, se concentrait sur sa carrière académique et se consacrait à la réflexion sur la politique internationale. Il se montrait souvent très critique à l'égard des Etats-Unis", a encore rappelé Willy Claes.