La Belgique met la pression sur Kigali

Le président rwandais Paul Kagame a reçu dimanche matin le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, en visite à Kigali. Le ministre belge a appelé tous les pays voisins de la République démocratique du Congo (RDC) et en particulier le Rwanda à s'abstenir de tout soutien à la rébellion congolaise du Mouvement du 23 mars (M23), sous peine d'une "escalade" dangereuse pour Kigali qui pourrait se traduire par des sanctions internationales.

Le chef de la diplomatie belge, qui termine par le Rwanda une tournée d'une semaine en Afrique centrale qui l'a également conduit en République démocratique du Congo (RDC) voisine, s'exprimait à l'issue d'un entretien de près de deux heures avec le président rwandais Paul Kagame.

"Il y a beaucoup de choses à faire à Kinshasa (de la part des autorités congolaises), mais il y a aussi beaucoup de choses à faire dans les pays voisins", a-t-il dit lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue rwandaise, Louise Mushikiwabo, pour un entretien axé sur les relations bilatérales et la situation dans l'ex-Zaïre.

Après les explications que Mme Mushikiwabo doit fournir la semaine prochaine aux Nations Unies, "nous aurons peut-être des décisions à prendre", a menacé M. Reynders, dans une allusion aux mesures de suspension d'aide déjà prises par certains pays occidentaux.

Le Rwanda est accusé par l'ONU, mais aussi la RDC, de soutenir une mutinerie dans la province du Nord-Kivu (est), menée par un groupe d'ex-rebelles, le Mouvement du 23 mars (M23) qui avaient été intégrés en 2009 dans l'armée congolaise. Kigali dément toute implication.

Points positifs dans les relations belgo-rwandaises

Didier Reynders a affirmé avoir constaté "un nombre de points positifs" pour les relations bilatérales parfois tendues entre la Belgique et le Rwanda, dont l'octroi plus rapide de visas par les autorités de Kigali pour les Belges désireux de se rendre au pays des Mille Collines. "Le président Kagame a été très clair sur des délais plus courts", a-t-il affirmé à quelques journalistes.

Les autorités rwandaises ont imposé l'an dernier un délai de 21 jours pour la délivrance d'un visa aux - relativement nombreux - Belges qui veulent se rendre au Rwanda pour y faire du tourisme, des affaires ou participer à des projets de développement. Le Rwanda est en effet, après la RDC et avant le Burundi, le deuxième bénéficiaire de l'aide publique au développement. La Belgique y est le troisième donateur, après les Etats-Unis et le Royaume Uni.

Selon M. Reynders, des investissements belges plus importants sont aussi envisageables au Rwanda, notamment dans les secteurs de l'énergie et de l'assainissement de l'eau. Il a ainsi suggéré à M. Kagame l'envoi d'une délégation économique à Bruxelles pour étudier davantage les possibilités.

La Belgique envisage également de financer une extension du mémorial de Gisozi, près de Kigali, érigé en mémoire des victimes du génocide de 1994 au Rwanda, qui a fait quelque 800.000 morts selon l'Onu, principalement des Tutsis. Un projet d'extension en vue du 20ème anniversaire du génocide, en 2014, est à l'étude et la Belgique pourrait y contribuer financièrement, comme elle l'avait fait pour la construction, a souligné le ministre.