"4 degrés de moins et nous manquions d’électricité"

La Commission de régulation de l’électricité et du gaz CREG a réalisé une étude sur l’approvisionnement en gaz naturel et en électricité en Belgique par les températures les plus froides enregistrées depuis la libéralisation des marchés, c’est-à-dire en février dernier. L’étude révèle que si les températures avaient été plus basses encore, un manque d’électricité aurait pu se produire pendant 1 jour. Elia, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité dans notre pays, affirme que ce réseau est capable d’importer suffisamment d’énergie. A certaines conditions.

Dans son étude sur l’approvisionnement en gaz naturel et en électricité en Belgique par les températures les plus basses enregistrées depuis la libéralisation des marchés, c’est-à-dire entre le 1er et le 12 février 2012, la CREG a réalisé divers scénarios réalistes, afin d’évaluer si cet approvisionnement pourrait être garanti.

Il en ressort que si les températures étaient descendues jusqu’à -11 degrés au lieu de -7 degrés pendant cette période, une panne d’électricité aurait pu se produire le jeudi 9 février. Et si l’économie avait alors connu le même essor qu’en 2006, la pénurie aurait même pu durer 4 jours, soit du 7 au 10 février. D’autre part, si les centrales électriques de Ruien et Les Awirs avaient déjà été fermées, comme le projette Electrabel, la situation aurait été critique pendant 3 jours, indique la Commission de régulation de l’électricité et du gaz.

L’étude indique par contre que pour les centrales de gaz naturel, aucun problème d’approvisionnement ne s’est présenté pendant la période de grand froid de février dernier.

La CREG en conclue que la Belgique a besoin d’une capacité de production supplémentaire si les réacteurs 1 et 2 de la centrale nucléaire de Doel (Flandre orientale) étaient éteints en 2015, comme prévu actuellement. Le régulateur estime néanmoins qu’il n’est pas suffisant par grand froid d’importer de l’électricité supplémentaire des Pays-Bas, car pendant ces périodes-là davantage d’électricité est exporté de la Belgique vers la France. La compensation n’est donc pas suffisante.

L’étude a été réalisée au début du mois d’août, alors que les réacteurs de Doel 3 et éventuellement Tihange 2 connaissent des problèmes de sécurité. Le gouvernement fédéral Di Rupo a entretemps annoncé des mesures qui devraient garantir l’approvisionnement en électricité en Belgique, en 2013 et 2014, même si leurs deux réacteurs devaient être fermés.

"Capacité d’importation suffisante, mais il faut trouver des exportateurs"

Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité en Belgique, Elia, a réagi ce jeudi à l’étude de la CREG en affirmant que le réseau belge d’électricité est capable de compenser une éventuelle défaillance des réacteurs nucléaires Doel 3 et Tihange 2 en important de l’énergie. A condition, cependant, de trouver des exportateurs étrangers qui puissent satisfaire la demande.

Selon Elia, le réseau belge serait capable d’importer suffisamment d’énergie. Il pourrait supporter jusqu’à 3.500 MW. « Mais les acteurs du marché belge doivent trouver des partenaires à l’étranger qui soient prêts à exporter de l’électricité en Belgique ». Selon l’étude, la France devrait également importer de l’énergie dans le cas d’une vague de froid.

Si le déficit devenait réel, Elia puisera en premier lieu dans les réserves d'électricité et demandera aux clients interruptibles de cesser leur consommation. Il s'agit de gros clients industriels qui ont conclu un accord avec le gestionnaire de réseau pour suspendre leur utilisation d'énergie dans les 3 minutes en cas de déficit. Et si cette option ne s'avérait pas suffisante, Elia exécuterait alors son plan de fermeture.

Le cas échéant, les clients stratégiques importants tels que les aéroports et les entreprises Seveso (qui présentent des risques d’accidents majeurs) obtiendraient la priorité en matière d'énergie. Les zones rurales seraient les premières à ne plus être approvisionnées.