Des prostituées au Conseil d’Etat contre des amendes

Depuis l’introduction en juin dernier de sanctions administratives communales à l’encontre de prostituées et leurs clients dans le quartier bruxellois de l’Alhambra, 225 dossiers pour nuisances ont déjà été constitués. Seize prostituées ont introduit un recours en annulation au Conseil d’Etat contre les amendes pour nuisances qu’elles ont reçues dans le quartier du Théâtre royal flamand (KVS).

Introduites au début du mois de juin dernier, les sanctions administratives communales constituent la dernière arme de la Ville de Bruxelles contre la prostitution de rue et les nuisances qu’elle entraîne. Quelque 1.600 prostituées seraient actuellement actives dans le quartier dit de l’Alhambra, ce qui occasionne de nombreuses nuisances pour les habitants.

"Les nuisances peuvent être de tout ordre", expliquait le secrétaire communal, Luc Symoens, au quotidien De Morgen. "Cela peut aller du coup de klaxon au bruit intempestif, en passant par le jet de canettes de bières en rue." Mais rouler à 10 km/h ou faire des va-et-vient en voiture tout en discutant avec une prostituée peut également être considéré comme une nuisance. La plupart du temps, les contrevenants sont identifiés sur base du numéro d'immatriculation du véhicule. Les amendes peuvent atteindre 250 euros.

Depuis l’entrée en vigueur dans sanctions administratives communales, 225 dossiers pour nuisances ont déjà été constitués. Ce qui représente une moyenne quotidienne de deux sanctions. Le bourgmestre de Bruxelles-Ville, Freddy Thielemans (photo), a récemment indiqué que l’activité de prostitution de rue aurait diminué de 30% dans le quartier Alhambra depuis l’introduction des sanctions.

Mais 16 prostituées qui ont reçu une amende dans le quartier du Théâtre royal flamand (KVS) viennent d’introduire un recours en annulation contre le règlement de police de la Ville de Bruxelles, estimant qu’il criminalise la prostitution dans le quartier Alhambra. Les prostituées contestent leur amende. Le Conseil d’Etat devra stipuler si les amendes sont en contradiction avec les lois en vigueur et les règlements existants.

La Ligue des Droits de l’Homme (LDH) a annoncé qu’elle soutenait la démarche des 16 prostituées. Elle estime que la règlement prohibitif et simpliste peut avoir des conséquences fâcheuses pour ces travailleuses. Elle s’inquiète aussi du fait que le règlement criminalise l’activité de prostitution ainsi que le comportement des clients des prostituées.