Une proposition fiscale suisse divise Crombez et Reynders

Le ministre des Affaires Etrangères Didier Reynders (MR, photo) ne s’émeut pas des menaces du Secrétaire d’Etat à la Lutte contre la fraude fiscale, John Crombez (SP.A), de démissionner si le gouvernement belge concluait avec la Suisse un accord sur le secret bancaire qui pourrait rapporter 10 milliards d’euros à notre pays. "Un gouvernement sans Crombez est possible. Dommage, c’était un bon collègue", s’est exclamé ce lundi matin le chef de la diplomatie belge dans l’émission matinale "De Ochtend" de la VRT.

Avec sa stratégie « Rubik », la Suisse espère se débarrasser de sa réputation de paradis fiscal. Elle propose aux pays d'origine des épargnants qui ont placé de l’argent sur des comptes helvétiques, et éludent ainsi l’impôt dans leur patrie, un montant forfaitaire pour régulariser le passé, à condition que le secret bancaire soit préservé. La Suisse propose également d’instaurer un prélèvement à la source libératoire sur l’épargne placée dans des banques helvétiques.

Mais l’accord est critiqué en raison d’un certain nombre de dispositions qui permettraient aux épargnants de continuer d'échapper au fisc. Alors que la somme de 10 milliards d’euros a été évoquée comme montant forfaitaire que la Suisse verserait à la Belgique, le Secrétaire d’Etat à la Lutte contre la fraude fiscale, le socialiste flamand John Crombez (photo), a déclaré dimanche dans l’émission « De Zevende Dag » de la VRT télévision qu’il ne resterait pas dans un gouvernement qui conclurait pareil accord fiscal avec la Suisse.

Contrairement à lui, le ministre des Affaires étrangères et ancien ministre des Finances Didier Reynders (MR) est favorable à un débat parlementaire en Belgique sur la proposition suisse d'accord sur la fiscalité de l'épargne. C'est notamment ce qu'il a indiqué la semaine dernière à l'issue de plusieurs entretiens dans la Confédération helvétique, notamment avec la présidente Evelyne Widmer-Schlumpf.

Interviewé ce lundi matin sur les ondes radio de la VRT, Didier Reynders ne s’est pas laissé impressionner par les propos du Secrétaire d’Etat, déclarant sèchement : « Par le passé, nous avons déjà travaillé sans Monsieur Crombez. Il sera aussi possible de le faire à l’avenir. Dommage, c’était un bon collègue ».

Le ministre des Affaires Etrangères déplore que Crombez refuse catégoriquement la proposition suisse. D’autres pays négocient actuellement un accord semblable. « Il ne s’agit pas seulement d’un paiement unique pour le passé, mais aussi d’un paiement annuel de 25% de prélèvements », a précisé le ministre au micro de l’émission « De Ochtend ».