"Un parti séparatiste a gagné"

La victoire de la N-VA de Bart De Wever ce dimanche, à Anvers comme dans nombre de communes flamandes, n’a pas échappé à la presse étrangère, qui estime que le parti nationaliste va l’utiliser pour réclamer plus d’indépendance de la Flandre. Les médias européens estiment que les élections locales ont été de dimension nationale et que la victoire de la N-VA donne du fil à retordre au gouvernement fédéral.

« Score monstre », « pari remporté » ou « sanction pour le gouvernement fédéral » titrait ce lundi matin la presse européenne, soulignant que le succès du parti nationaliste en Flandre risque de compliquer singulièrement la tâche du gouvernement fédéral d’Elio Di Rupo, voire même de mettre en danger l’avenir de la Belgique.

« Un parti qui veut scinder la Belgique a remporté dimanche une grande victoire aux élections communales et son président Bart De Wever devrait devenir bourgmestre de la deuxième ville du pays, ce qui accroît encore la pression sur le gouvernement fédéral déjà divisé », écrit l’agence de presse britannique Reuters. « La victoire de Bart De Wever ne conduira pas à la scission de la Belgique, mais aura certainement un impact au niveau national », estime l’agence de presse.

Selon elle, les efforts entrepris par le CD&V, le SP.A et Open VLD - les 3 partis flamands au gouvernement fédéral - pour reprendre des voix à la N-VA « pourrait miner leur collaboration avec leurs partenaires francophones de coalition ».

"Une vague jaune"

Le quotidien français Le Monde constate que la N-VA « quasi inexistante sur la scène flamande lors des municipales précédentes, en 2006, réussit à s’implanter sur tout le territoire de la Flandre ».

Selon le journal français, en affirmant dimanche soir que "le gouvernement des impôts" d'Elio Di Rupo n'était plus soutenu par "une majorité de Flamands", Bart De Wever "a dévoilé l'autre axe de sa stratégie pour les mois à venir", à savoir "démontrer que la coalition dirigée par un Wallon coûte cher à la population flamande et menace son bien-être". "Des propos que les trois partis néerlandophones présents au niveau fédéral vont s'attacher à démentir, ce qui pourrait rendre un peu plus complexe encore l'action d’Elio Di Rupo", conclut le journaliste Jean-Pierre Stroobants.

Dans Libération, Jean Quatremer observe que les indépendantistes flamands "ont remporté leur pari: rafler Anvers (...) et s'implanter localement en Flandre". "Les francophones de Belgique, qui espéraient avoir calmé les revendications flamandes en acceptant, en décembre 2011, une énième réforme de l'Etat donnant une plus grande autonomie aux trois Régions du pays, qu'ils estimaient pourtant inacceptable quelques mois auparavant, en sont pour leurs frais", poursuit le journaliste, tout en estimant que "le gouvernement Di Rupo va être extrêmement fragilisé".

"Il a l'air moins glouton, mais cela ne modère en rien son appétit: l'indépendantiste Bart De Wever a désormais le muscle électoral d'un nouvel assaut frontal sur le royaume, après avoir mis la Flandre à ses pieds", écrit de son côté Le Figaro. Pour le quotidien français, dix mois après avoir surmonté sa plus longue crise, la Belgique "s'expose à un nouveau coup de boutoir politique". Et Le Figaro d'estimer que les législatives de 2014 constitueront "la bataille décisive pour l'avenir de la Belgique".

Le quotidien néerlandais NRC Handelsblad est sur la même longueur d’ondes : « Les élections locales en Belgique ont une forte dimension nationale », écrit Mirjam Remie. « Elles sont considérées comme un indicateur pour la mesure dans laquelle la Flandre va tenter d’obtenir son autonomie. C‘est avant tout la lutte pour l’écharpe maïorale d’Anvers - la deuxième plus grande ville portuaire en Europe - qui est considérée comme décisive pour l’avenir du pays ».

"Communales à dimension nationale"

"Score monstre" pour De Wever titre de son côté De Telegraaf, pour qui "la Belgique fait un pas de plus vers une scission". S'il souligne que Bart De Wever "est marié à une Néerlandaise", le journal néerlandais rappelle surtout que le leader de la N-VA, en exposant sa volonté d'indépendance avant les élections de 2010, avait provoqué une hausse des taux belges et se demande si les marchés obligataires auront la même réaction ce lundi.

De Volkskrant, qui consacre également un portrait à Bart De Wever, juge pour sa part que "le résultat des nationalistes flamands est une sanction pour le gouvernement fédéral belge" et qualifie la prochaine échéance électorale de 2014 de "mère de toutes les élections". "Le grand perdant est le parti d'extrême-droite Vlaams Belang", indique aussi De Volkskrant, qui observe également les résultats en Wallonie, "où aucun enjeu national n'était attaché aux élections" et où "les différents résultats varient fortement d'une commune à l'autre".

En Espagne, le quotidien El Pais (photo d'archives) constate que la victoire de la N-VA à Anvers met fin à près de 80 ans de domination socialiste dans la métropole, et estime que ce succès "augure une grande instabilité" pour la Belgique.

Quant au quotidien britannique Financial Times, il constate que le succès de la N-VA et Bart De Wever « attiseront les espoirs des séparatistes de voir la Belgique scindée en deux ». Le journal financier estime que De Wever avait fait de la course pour Anvers une sorte de référendum sur l’indépendance de la Flandre, et « qu’il ira maintenant vraisemblablement à la recherche du soutien des socialistes pour diriger Anvers ».

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