Genk : l’abattement fait place à la colère

Chez les militants des syndicats qui ont tenu des piquets de grève pendant toute la nuit de mercredi à jeudi aux portes de l’usine Ford Genk, le découragement s’est progressivement transformé en colère. Des voitures ont été incendiées et des pièces détachées essentielles pour les usines allemandes et celle de Valence sont bloquées sur le site. En signe de solidarité, la piste d’essai de Ford Europe à Lommel (Limbourg), qui n’est pas menacée par la restructuration, est également inaccessible depuis ce jeudi matin.

Après la consternation et l’incompréhension qui ont fait suite, ce mercredi, à l’annonce en conseil d’entreprise extraordinaire de la fermeture de l’usine Ford à Genk en 2014, c’est la colère qui régnait ce jeudi matin sur le site bloqué depuis la veille par des piquets de grève. Une centaine de personnes se trouvaient jeudi matin devant l’entrée de l’usine, ne laissant entrer aucun camion de fournisseurs.

Deux carrosseries de Ford Mondeo ont été incendiées. « Ces voitures en feu sont un symbole. Il s’agit de la carrosserie d’un nouveau modèle de Mondeo. Nous voulons ainsi montrer que nous n’acceptons pas la situation », indiquaient des militants. Des délégués syndicaux ont indiqué que certains travailleurs qui étaient particulièrement remontés ont été invités à rentrer chez eux pour se calmer.

Les membres de l’équipe du matin, arrivés vers 6h, ont juste fait acte de présence avant de partir ou de rejoindre leurs collègues aux portes de l’usine. Un poids lourd britannique a vainement tenté de pénétrer dans l’usine. Certains travailleurs expliquent que la production a été accrue ces derniers mois à Genk. Les voitures et pièces détachées assemblées ont déjà quitté l’usine. A postériori, il semble « qu’ils nous ont fait produire en grande quantité pour constituer un stock », estiment-ils.

Syndicats et travailleurs craignent que l’usine de Ford ne trouvera pas de repreneur. Ils espèrent donc pouvoir bénéficier d’une bonne prime de licenciement. Ils réclament de recevoir un salaire pour l’équivalent des années qu’ils auraient encore pu prester à Genk. Les trois syndicats devaient d’ailleurs se concerter ce jeudi midi, puis se retrouver en soirée pour coordonner leurs actions de protestation pour les jours et semaines à venir.

Entretemps, une série de pièces détachées cruciales, destinées notamment à des entreprises situées à Saarlouis en Allemagne et à Valence en Espagne, sont bloquées sur le site de Ford Genk. Avant l'annonce de la restructuration, ces pièces étaient en surplus. Une partie d'entre elles a donc pu quitter effectivement l'entreprise, avant que la colère des ouvriers ne s'installe.

Ces pièces détachées, comme des pièces embouties et des moules, constituent une monnaie d'échange dont les travailleurs de Ford Genk pourraient bien se servir. Les pièces avaient déjà été chargées dans des camions, prêts à partir. Si les chargements ne quittent pas Genk, cela pourrait avoir des conséquences fâcheuses pour d'autres usines de Ford, parmi lesquelles celle de Saarlouis, qui se verrait dès lors mise à l'arrêt.

Des trains, chargés de voitures finies, sont également bloqués sur le site. Les locomotives ne seraient même plus en état de rouler, a appris l'agence Belga ce jeudi aux portes de l'usine.

Protestation également à Ford Lommel

En signe de solidarité, une soixantaine de personnes bloquaient l’accès de la piste d’essai de Ford Europe à Lommel (Limbourg) depuis 6h ce jeudi matin. Et pour une durée provisoire de 24 heures. Cette piste sert à tester la nouvelle Mondeo.

L’action à Lommel vise à faire pression sur la direction européenne de Ford. « Avec une grève nous avons une arme puissante », estime Jos Busschens du syndicat chrétien ACV. Quelque 400 personnes travaillent sur ce plus petit site limbourgeois, mais selon la direction du constructeur automobile américain leur avenir ne serait pas en danger. Le site de Lommel devrait subsister, même après la fermeture de l’usine de Genk.

Les syndicats de Ford Genk plaident en faveur de bonnes mesures d’accompagnement pour les 4.300 personnes qui seront licenciées à l’usine d’ici 2014. Ils réclament des prépensions dès l’âge de 50 ans ou de nouveaux emplois pour les travailleurs touchés. "La direction de Ford doit prendre ses responsabilités", estime Marc Leemans (photo) du syndicat chrétien.

Selon Ronny Champagne du syndicat socialiste, l’âge moyen des travailleurs de Ford Genk est de 48 ans. « Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter autant de licenciements secs que possible ». La ministre fédérale du Travail, Monica De Coninck (SP.A), indiquait cependant mercredi que le gouvernement fédéral n’accepterait pas volontiers de concéder des prépensions à 50 ans. « Mais si Ford fait des efforts, tout peut être discuté ».

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