"Je travaille dur, bien que je sois francophone"

Dans une interview accordée au quotidien financier flamand De Tijd, la vice-Première ministre et ministre fédérale de l’Intérieur et de l’Egalité des Chances Joëlle Milquet (CDH, photo) répond aux critiques du parti nationaliste flamand N-VA et des entrepreneurs. "Combien de temps devons-nous encore nous laisser humilier ?". Le patron de l’Unizo, Karel Van Eetvelt, trouve que la ministre doit davantage écouter les entrepreneurs.

Dans l’interview accordée au quotidien De Tijd, la ministre de l’Intérieur défend bec et ongles la politique du gouvernement fédéral. « Alors que la Belgique était dans les années 1990 le mauvais élève de l’Europe, elle est maintenant considérée comme un modèle. Tout cela en un an, avec un Premier ministre francophone, et encore bien un socialiste. Endéans un an, nous avons réussi ce qu’aucun gouvernement n’a jamais pu faire », estime Joëlle Milquet.

La vice-Première ministre francophone regrette que ses collègues flamands, qui font partie de la majorité, ne défendent pas la politique du gouvernement avec autant de conviction. « Se plaindre, comme le fait Wouter Beke, d’être dans la majorité et de travailler durement mais sans que les Flamands s’en rendent compte, cela ne résout rien. Expliquez plutôt aux gens ce que vous faites, à savoir travailler comme des fous et réformer sans cesse », précise Milquet.

La ministre CDH se montre aussi particulièrement critique vis-à-vis des nationalistes flamands de la N-VA. « Je voudrais bien voir si Bart De Wever (photo) va réduire les impôts à Anvers. Car c’est bien la première chose qu’il doit faire, pour prouver qu’il n’est pas un marxiste ». La ministre réagit ainsi aux propos du parti d’opposition, qui avait qualifié le Premier ministre Elio Di Rupo de marxiste. « J’attends aussi encore toujours une baisse d’impôts de la part du gouvernement flamand, dont la N-VA fait partie ».

« Toujours être dans l’opposition est facile. Maintenant que Bart De Wever prend enfin ses responsabilités à Anvers, cela dure une éternité avant qu’un accord soit conclu », poursuit Joëlle Milquet. La ministre souligne que le gouvernement fédéral, « épuisé après les élections communales », a trouvé en quatre semaines pas moins de 3,7 milliards d’euros pour le budget 2013, alors qu’Anvers - « qui n’est après tout qu’une ville » - n’a toujours pas de coalition.

La ministre fédérale se montre aussi critique envers les entrepreneurs, et notamment envers le patron de l’Unizo (Union des entrepreneurs indépendants). « Que Karel Van Eetvelt se porte donc candidat aux élections. Je ne demande pas mieux que des hommes d’affaires entrent en politique. Qu’il se mette un jour à notre place et fasse en sorte d’être réélu ».

Joëlle Milquet affirme avoir beaucoup de respect pour les entrepreneurs. « Je voudrais qu’ils nous témoignent aussi un peu plus de respect. Je suis prête à comparer mon agenda avec celui de n’importe quel homme d’affaires. Personne ne travaille aussi dur. Je suis une abeille industrieuse et je travaille beaucoup. Et cela bien que je sois francophone et originaire de Charleroi », conclut en riant Joëlle Milquet.

Van Eetvelt invite Milquet

Les critiques de la ministre de l’Intérieur à son égard ne plaisent pas au patron de l’Unizo, Karel Van Eetvelt. Il réagit sur Twitter en conseillant à Joëlle Milquet « de réellement bien écouter les entrepreneurs ».

Selon lui, les critiques des entrepreneurs ne sont pas une attaque sur le gouvernement fédéral, mais « un cri d’alarme ». Karel Van Eetvelt invite la ministre à prendre son travail pendant une journée. « Bien qu’elle gagne davantage que moi, elle peut garder son salaire », conclut-il.