"Le PS: un Etat dans l'Etat"

Un article d’opinion de Christian Laporte, journaliste politique et éditorialiste au quotidien La Libre Belgique. Un article paru ce lundi 21 janvier sur le site en néerlandais de la VRT (deredactie.be)

Pendant près d’un demi-siècle, de la question royale à la coalition arc-en-ciel de Guy Verhofstadt après l’affaire Dutroux et le scandale de la dioxine, on parlait d’un « Etat-CVP ». Un parti qui avait tout à dire, non seulement en Flandre mais dans tout le pays. Même Charles-Ferdinand Nothomb, qui était pourtant très attaché à sa famille politique, ne pouvait cacher sa colère et déclara un jour que « les amis du parti frère » exagéraient.

L'Etat-PS

Mais aujourd’hui, alia tempora, alia mores - les chrétiens-démocrates affichent un profil bas. Si la déchristianisation de la société a bien sûr joué un rôle majeur, une trop longue participation au pouvoir explique aussi ce déclin. Au point que les francophones du CDH n’affichent même plus dans leur sigle leurs origines chrétiennes et ont opté pour un méli-mélo humaniste.

Entretemps, il y a encore toujours un autre Etat dans l’Etat et cette fois c’est clairement le PS. Mais contrairement à ce que claironnent sur tous les tons du Vlaamse Leeuw Bart De Wever et ses lieutenants, ce PS est surtout puissant à l’intérieur de son pré carré : la Wallonie et dans une moindre mesure à Bruxelles, où il reste surtout dominant parce qu’il sait attirer aussi intelligemment les voix des populations d’origine immigrée. Le récent remaniement ministériel l’illustre bien. Et cela a aussi provoqué un grand jeu de chaise musicale au sein de la fédération bruxelloise du PS et à la tête de l’exécutif régional bruxellois.

Le "patron" Di Rupo

Mais concentrons-nous surtout sur la Wallonie. Le Parti socialiste veut et doit absolument maintenir sa domination sur le sud de la Belgique dans la perspective du scrutin de 2014, la mère de toutes les élections. Mais, en même temps, le véritable "Empereur" du Boulevard de l’Empereur, le président en titre du parti, désire encore toujours tirer les ficelles et dès lors il n’est pas question de désigner en attendant un président élu.

Et si, le cas échéant, la coalition papillon devait éclater, le "patron" - c’est aussi comme cela qu’on appelait Emile Vandervelde -, pourrait toujours se replier sur sa présidence et à l’hôtel de ville de Mons, sa chère cité qui sera bientôt dotée d’une gare SNCB pharaonique, alors que l’état général des chemins de fer est en train de dérailler au propre comme au figuré dans le sud du pays.

Homme de paille

C’est aussi la raison pour laquelle Di Rupo Ier avait voulu à ses côtés un président fidèle, mais qui soit aussi un "homme de paille". Exit le Liégeois Thierry Giet, un excellent "numero uno" comme chef de groupe à la Chambre mais qui manquait de charisme et surtout de force de conviction pour rassembler derrière sa personne.
Récemment, José Happart avait été très critique dans les colonnes de La Libre Belgique vis-à-vis d’un parti qui avait pourtant tout fait pour lui trouver, à lui et à son frère jumeau, un bon job alors que les Fourons sont redevenus flamands. Avez-vous entendu Giet le rappeler à l’ordre ?
Non bien sûr. Et puis il y a eu les résultats catastrophiques des élections communales. A Bruxelles, la perte de Molenbeek, la commune de Philippe Moureaux, c’était un peu trop pour les militants du PS, sans parler de Verviers ou d’autres bastions socialistes perdus.

Di Rupo devait donc chercher un nouvel homme fort. Mais il n’était pas question de faire un cadeau à son rival Demotte. C’est ainsi que le nom de Paul Magnette est tombé.

Un wonder boy et un playboy

A Charleroi, lors des récentes élections communales on a soutenu sans état d’âme ce brillant politologue de l’ULB, afin de faire oublier les années difficiles et les magouilles des Van Cauwenberghe et Cie. Le wonderboy et playboy du Pays Noir est pourtant resté ministre, alors qu’il avait été plébiscité par les électeurs carolos. Mais au PS, la raison d’Etat.. c’est le Parti. Magnette va devoir expliquer à ses électeurs qu’il ne va pas les oublier. « Good luck camarade », si je peux m’exprimer ainsi.

Et puis il y a encore son remplacement au gouvernement fédéral. Certains avaient pensé qu’on allait reprendre Christian Dupont. Peut-être pas un ministre très sexy, mais en tous cas un bon serviteur des citoyens aussi bien au niveau fédéral que communautaire. Et un excellent bilingue, avec qui j’avais eu l’honneur de défendre la Belgique francophone lors d’une émission de la VRT face à Eric Van Rompuy (CD&V) et Frans Crols (Trends).

Le bourgmestre de Pont-à-Celles aurait pu ainsi terminer sa carrière en beauté. Mais ce n’était pas possible. L’Etat-PS est allé débaucher le Liégeois Jean-Pascal Labille auprès de la direction des Mutualités socialistes. Un illustre inconnu pour vous, comme pour moi. Mais un bon petit soldat de l’ »Action commune » qui siège dans de nombreux conseils d’administrations, et qui mettra aussi la force de la "mutuelle" au service du PS.

Clientélisme

Est-ce que j’exagère ? Un petit peu, mais c’est ça aussi l’Etat-PS. Il faut appeler un chat un chat : c’est du pur clientélisme.

Dans certaines régions de Wallonie, où le PS est au pouvoir depuis des décennies, il a tissé de véritables réseaux, et tous ceux qui en profitent le savent : ils ne seraient jamais assez bêtes que pour ne pas voter PS. Sinon ils risqueraient de perdre leur logement social et toute une série d’avantages obtenus grâce au parti.

On m’a plusieurs fois raconté, et cela m’a été confirmé par mes propres sources, qu’à la veille des élections, on demandait aux responsables non seulement des sections du parti mais aussi des mutualités de transporter en voiture certains électeurs impotents vers les bureaux de vote, sans oublier de leur prodiguer en cours de route quelques conseils pour bien voter.
 

Christian Laporte, Journaliste politique et éditorialiste à La Libre Belgique

Version originale en néerlandais, traduction Flandreinfo.be