"Un pilote fatigué est dangereux"

A Brussels Airport, comme dans plusieurs autres aéroports européens, les pilotes et le personnel naviguant distribuaient des dépliants ce mardi pour protester contre les nouvelles règles proposées par la Commission européenne en matière d’harmonisation du temps de travail.
BELGA/LALMAND

Aucun passager n’accepterait de monter à bord d’un avion dont le pilote est soûl. Mais si le pilote est fatigué, la plupart des passagers estiment que cela n’aura pas de conséquence grave pour leur sécurité. Les pilotes affirment cependant que les risques sont tout aussi grands dans les deux cas.

Ils protestent donc contre les projets de la Commission européenne d’harmoniser les horaires de travail dans l’aviation au sein de l’Union, estimant que cette mesure mènera finalement à des horaires de travail plus longs pour tous les pilotes et le personnel naviguant. Leur action pour préserver la sécurité a été baptisée « Walk out for safety » et est menée ce mardi de front dans divers aéroports européens. C’est notamment le cas à Paris, Milan, Francfort et Zaventem (photo).

Les pilotes rappellent qu’une étude scientifique - réalisée d’ailleurs à la demande de l’EASA, l’Agence européenne de la sécurité aérienne - a démontré qu’il n’est pas responsable d’exiger de longues prestations de la part du personnel volant. La Commission européenne semble avoir ignoré cette étude, estiment les pilotes, et a présenté de nouvelles propositions qui sont dangereuses tant pour le personnel au sol que pour celui à bord des avions.

La Commission a déjà ramené ses propositions à 30 points. Mais les pilotes n’en restent pas moins très inquiets. La proposition d’étendre les prestations de nuit de 10 à 12 heures est irresponsable, estime Christophe Verleye de la Belgian Cockpit Association. Irresponsable aussi, juge l’Association, la proposition de faire suivre une période en stand-by par une prestation à bord d’un avion, ce qui signifierait que les pilotes pourraient être disponibles et/ou au travail pendant plus de 20 heures d’affilée.

Selon l’European CockpitAssociation (ECA), 4 pilotes sur 5 disent souffrir d’un manque de sommeil et un tiers rapporte des cas où le commandant et le co-pilote se sont assoupis tandis que l’ordinateur de bord pilotait l’avion, indiquait récemment le quotidien De Standaard.

Entre 8h et 10h, ce mardi matin, les pilotes ont distribué des dépliants aux voyageurs présents à Brussels Airport. Leurs collègues sur d’autres aéroports européens en ont fait de même. La Commission européenne reproche aux pilotes de vouloir manipuler l’opinion publique et de semer inutilement la panique.

"La sécurité n’est pas en péril"

Les trois grandes associations européennes de compagnies aériennes publient ce mardi un communiqué commun, en réaction au mouvement de protestation des pilotes européens.

L’Association of European Airlines (AEA), European Regional Airlines (ERA) et l’International Air Carrier Association (IACA) soulignent que les compagnies aériennes ne feront jamais des concessions qui pourraient mettre la sécurité de l’aviation en péril.

« Les dernières règles proposées ne représentent même pas un assouplissement des règles existantes, comme l’affirment les syndicats. Au contraire, elles harmonisent les différentes exigences qui existent actuellement dans l’ensemble de l’Europe, et contiennent même plusieurs exigences et limitations nouvelles et plus sévères », affirment les trois associations.