1.300 emplois menacés chez ArcelorMittal

Lors d’un conseil d’entreprise extraordinaire, tenu ce jeudi matin, la direction du géant métallurgique ArcelorMittal a annoncé l’arrêt définitif de 7 de ses 12 outils de la phase à froid dans le bassin sidérurgique liégeois. La phase à chaud avait déjà été supprimée. Le Premier ministre Elio Di Rupo devait rencontrer Lakshmi Mittal, le CEO d’ArcelorMittal, ce jeudi à Davos en Suisse, avant d’annuler son voyage au Chili pour rentrer d’urgence en Belgique.

C’est à Flémalle qu’avait lieu, ce jeudi matin, le conseil d’entreprise extraordinaire entre les syndicats et la direction d’ArcelorMittal. A l’agenda : l’avenir du site sidérurgique à Liège, à la suite de la fermeture définitive de la phase à chaud. Des rumeurs circulaient en effet depuis quelques jours sur une réduction de la phase à froid.

Un plan social sur la fermeture de la phase à chaud était une condition d’ArcelorMittal pour mener à bien d’autres investissements, mais les négociations avaient pris du retard. Ces derniers jours, du matériel avait également été transporté depuis Liège vers d’autres sites belges de l’entreprise sidérurgique, ce qui avaient encore attisé les rumeurs. Mais la nouvelle annoncée au conseil d’entreprise extraordinaire était loin d’apaiser les craintes du personnel.

La direction a en effet présenté un projet de liste d’arrêt définitif de 7 des 12 outils de la phase à froid dans le bassin sidérurgique liégeois. Ce qui touche 1.300 emplois. Les outils concernés par une fermeture sont la cokerie de Seraing et les centrales d'énergie d'Ougrée et de Seraing, le Train Large Bande de Chertal, une des 2 filières de laminage à froid à Tilleur, Galva 4 et 5 à Flémalle, Hp 3 et 4 à Marchin.

« La demande en acier a diminué l’an dernier de 8 à 9% par rapport à 2011. D’autre part, la demande en Europe représente actuellement 29% en moins qu’avant la crise économique », explique la direction. Et à moyen terme, aucune amélioration de la situation n’est attendue. Selon la direction, il n’est pas possible de conserver les lignes flexibles à Liège. D’autant plus que les résultats ne seraient pas bons dans le bassin liégeois.

« Malgré la fermeture de la phase à chaud, le site liégeois a enregistré pendant les 9 premiers mois de 2012 une perte opérationnelle de 200 millions d’euros », indique la direction d’ArcelorMittal. Elle affirme vouloir chercher pour les travailleurs touchés « une solution sociale responsable ». Une concertation avec le gouvernement wallon était aussi déjà prévue ce jeudi.

La direction affirme aussi que les 5 principaux outils à froid, qui représentent 800 emplois, seront conservés à Liège. Ils seraient stratégiques en raison de leurs produits de haute qualité, leur spécialisation et leurs innovations technologiques. « Les 5 outils restants deviendront des perles de l’industrie », conclut la direction.

Syndicats furieux, politiques inquiets

Le géant sidérurgique emploie actuellement encore à Liège plus de 2.000 personnes dans la production à froid. Des dizaines de travailleurs qui avaient déjà pressenti la mauvaise nouvelle s’étaient rassemblées ce jeudi matin devant le bâtiment où avait lieu le conseil d’administration extraordinaire.

Certains d'entre eux ont bouté le feu à une camionnette et à des pneus (photo).

Les syndicats sont furieux des mesures envisagées par la direction et ont lancé un appel à des actions sur les sites liégeois d’Arcelor. Des réunions du personnel sont prévues pour lundi, dans divers sites.

Les syndicats reprochent aussi aux politiques leur comportement apathique dans ce dossier. Le ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS), regrette que la direction d’ArcelorMittal n’ait pas accepté une concertation avec le gouvernement wallon. Quant au nouveau président du PS, Paul Magnette (photo), il dénonce la « trahison » des dirigeants de l’entreprise sidérurgique à l’égard des travailleurs.

Le Premier ministre Elio Di Rupo (PS, photo), qui se trouvait depuis mercredi au Forum économique mondial de Davos, a indiqué qu’il y rencontrerait ce jeudi encore Lakshmi Mittal, le patron du groupe sidérurgique ArcelorMittal, pour lui faire part « de l’incompréhension des autorités belges » à propos de la décision de fermeture d’une partie de l’outil à froid. « Je soutiens les travailleurs », a indiqué Di Rupo.

Le Premier ministre a d’ailleurs décidé d’annuler son voyage à Santiago du Chili, où il devait se rendre dans le cadre du sommet prévu ce week-end entre l’Union européenne et les Etats d’Amérique latine et des Caraïbes. Il devait ainsi rentrer en soirée en Belgique. Une réunion entre le gouvernement wallon et le gouvernement fédéral est déjà prévue pour ce vendredi matin.