Une taupe pour la Sûreté au sein du Vlaams Belang

Bart Debie, ancien commissaire de police anversois et conseiller en sécurité pour le Vlaams Belang, affirme avoir fourni pendant 3 ans à la Sûreté de l’Etat des informations sur le fonctionnement interne du parti d’extrême-droite. Il l’aurait fait à sa propre initiative. Filip Dewinter, figure de proue du Vlaams Belang à Anvers, se dit choqué et "trahi par un ami".
BELGA/DIRKX

Bart Debie a révélé ses anciennes activités secrètes dans une interview accordée aux quotidiens flamands Het Nieuwsblad et De Standaard, ainsi que dans l’émission « De Ochtend » (Radio 1) de la VRT, ce lundi matin. Il affirme avoir lui-même approché la Sûreté de l’Etat en 2007, à l’époque où il était conseiller en sécurité de son collègue de parti et ami Filip Dewinter.

Debie (photo) déclare qu’il ne pouvait plus accepter à l’époque que certains membres du Vlaams Belang soient impliqués dans l’organisation de concerts de néo-nazis et dans des groupes d’extrême-droite tels que Blood and Honour. Il aurait décidé de s’adresser à la Sûreté de l’Etat lorsque Filip Dewinter proposa d’acheter des kalachnikovs dans le milieu criminel pour faire sensation lors d’une conférence de presse. Ce projet n’a finalement pas abouti.

L’ancien commissaire de la police anversoise aurait eu des contacts au moins une fois par mois avec des membres des services de renseignement. Cette dernière se serait surtout intéressée aux financements et soutiens financiers du Vlaams Belang, et voulait aussi savoir avec qui le parti entretenait des relations.

Bart Debie n’aurait pas reçu d’argent pour ses services, mais bien de temps en temps « une bonne bouteille de vin ». Il aurait demandé un service en échange : l’effacement de son casier judiciaire. On ne sait pas si cette faveur lui a été accordée. Debie aurait été informateur jusqu’en 2010, date à laquelle il fut exclu du Vlaams Belang pour avoir eu des remarques désobligeantes, sur Facebook, à propos de son ancienne collègue de parti, Marie-Rose Morel, qui souffrait d’un cancer en phase terminale.

BELGA/DESPLENTER

Bart Debie affirme avoir décidé de s’exprimer maintenant sur son rôle d’informateur parce que la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom (photo), a récemment déclaré au Parlement que la Sûreté de l’Etat n’est pas impliquée dans l’espionnage de parlementaires. Elle répondait d’ailleurs alors, en commission Justice de la Chambre, à la question d’un membre du Vlaams Belang.

Selon Debie, les déclarations de la ministre ne sont donc pas correctes. L’ancien membre du Vlaams Belang aurait aussi reçu au début du mois un SMS de Filip Dewinter, qui voulait des informations secrètes de police à propos d’organisations qui mettent en danger la sécurité de l’Etat.

Dewinter se sent "trahi par un ami"

Filip Dewinter (photo) a réagi, depuis l’étranger, aux révélations faites par son ancien bras droit. Il se dit « trahi par un bon ami ». Il souligne qu’il avait aidé Bart Debie, à l’époque de son procès (pour violence excessive et falsification de procès-verbaux), et que le Vlaams Belang a payé ses amendes et lui a versé un salaire pendant des années.

Dewinter affirme ne pas être surpris que son parti et lui-même aient été surveillés par la Sûreté de l’Etat, mais il est choqué que Bart Debie ait été impliqué dans cet espionnage.

Le Vlaams Belang a déjà déclaré qu’il demanderait des explications à la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom. Si sa réponse ne le satisfait pas, le parti envisage de demander l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur cette affaire.

Winants: "Nous n'avons pas filé Dewinter"

Le chef de la Sûreté de l'Etat, Alain Winants (photo), a réagi aux déclarations faites par Bart Debie et par des membres du Vlaams Belang. Il maintient que ses services de renseignements n'espionnent pas des personnalités politiques, des parlementaires ou des partis.

Pour ce qui est de Filip Dewinter, figure de proue du parti d'extrême-droite à Anvers, la Sûreté de l'Etat est uniquement intéressée par "d'éventuels contacts avec des groupements extrémistes à l'étranger", indique Winants.