Marcel Sel, de la Flandre à la crise

"Indignés de cons – La crise expliquée aux cancres et aux économistes". Le titre peut paraître provocateur, à l’image sans doute de son auteur. Jusqu’ici, Marcel Sel était connu du public francophone pour ses essais sur la Flandre et plus particulièrement sur Bart De Wever. Dans son nouvel opus, l’écrivain chroniqueur bruxellois s’attaque à la crise économique en y mettant, comme à son habitude, son grain de sel.

En 2011, Marcel Sel avait publié "Les secrets de Bart De Wever", dressant un portrait peu reluisant du président de la N-VA. Si la Flandre demeure aujourd’hui encore un thème de prédilection pour l’auteur, notamment sur son célèbre "blog de Sel", un nouveau sujet semble s’être imposé à lui : la crise économique.

"Les gens portent peu d’intérêt à l’économie. C’est souvent trop compliqué ou barbant. J’ai donc voulu faire un bouquin que tout le monde puisse comprendre et qui soit facile à lire. J’effectue un travail de vulgarisation et j’y ajoute une dimension drôle pour que ce soit agréable à lire", a expliqué l’auteur lors de la présentation de son essai.

Dans "Indignés de cons", écrit avec la collaboration de Karine Quarant-Schmidt, Marcel Sel évoque en tout cinq crises, expliquées "de façon sympathique". Le lecteur passe ainsi de l’importance de l’environnement dans la problématique économique à la crise morale. "En Europe, on a l’impression que la consommation a remplacé la religion". La surconsommation mène selon l’auteur à une surexploitation des ressources, un phénomène qui empêche à terme toute croissance économique.

La société se retrouve donc face à un sérieux problème économique dont la compréhension n’est en outre pas facilitée par les différentes idéologies auxquelles elle est confrontée. "Avec les mêmes données, un expert grec de gauche et un expert allemand de droite par exemple peuvent tirer des conclusions totalement différentes", souligne-t-il.

Mais Marcel Sel ne se contente pas de constater. Assaisonnant son texte d’ironie et de satyre, il n’hésite pas à dénoncer. Les Etats bien sûr, qui au travers du "financiarisme" ont cédé trop de pouvoirs au secteur privé. Mais aussi le citoyen, le contribuable, ou plutôt l’électeur qui participe à la déstabilisation du marché. "Le marché, c’est nous aussi, on est tous des acteurs, on est tous des spéculateurs", relève-t-il.

Impossible en outre d’expliquer la crise sans évoquer son aspect social et politique. Alors que le fossé se creuse entre les plus riches et les plus pauvres, l’Europe connait une importante montée des populismes qui selon l’auteur imposent souvent aux partis traditionnels d’appliquer une nouvelle ligne politique.

Si Marcel Sel n’apporte pas lui-même de réelles solutions aux conclusions pour le moins alarmantes qu’il avance, il invite toutefois le lecteur à "se résigner…". "Redevenons des emmerdeurs politiques, et arrêtons de les laisser faire tout et n’importe quoi", déclare-t-il. Un travail qui commence avant tout par des habitudes simples à adopter: "lire les journaux, s’intéresser à la politique et interpeller les élus".

A la conquête de la France ?

"Indignés de cons – La crise expliquée aux cancres et aux économistes" est sorti la semaine dernière en Belgique aux éditions La Boîte à Pandore. Il sera également mis en vente en France vers mars ou avril. Si les thèmes abordés jusqu’à présent par l’auteur n’attiraient sans doute pas un grand public chez nos voisins, ce nouvel essai, pimenté par une plume acerbe, risque bien de séduire et de faire découvrir à l’Hexagone un humour belge bien salé.