La police et le parquet sous le feu des critiques

Au lendemain de la diffusion des images d’un cas de violence policière particulièrement brutale ayant mené à la mort d’un jeune homme en cellule il y a trois ans, de nombreuses voix s’élèvent pour demander notamment une enquête du Comité P. Le syndicat national des services de police (SNPS) n’y est pas opposé.

Les images diffusées hier soir lors de l’émission Panorama (VRT) sont particulièrement choquantes. Elles montrent notamment comment six agents de l’équipe d’assistance spéciale de la police d’Anvers ont pénétré la cellule du détenu dénudé en y lançant une grenade lumineuse. Munis notamment de boucliers et d’une barre en métal servant à maîtriser la personne, les six policiers se sont rués sur le jeune homme en lui infligeant des coups de poing.

Jonathan Jacob, originaire d’Affligem et âgé de 26 ans, avait été interpellé il y a trois ans à Mortsel sous influence d’amphétamines. La police avait fait appel à un docteur qui avait estimé qu'il devait être placé en institut psychiatrique. Un établissement de Boechout avait toutefois refusé de prendre en charge le jeune turbulent. La police l'avait alors reconduit dans une cellule du commissariat de Mortsel. Les policiers de l’assistance spéciale avaient été appelés pour maîtriser le détenu le temps de lui injecter un calmant, à la demande d'un magistrat. 

Peu de temps après, ces derniers ont constaté que l’homme ne respirait plus et qu’il n’avait plus de pouls. L'autopsie a révélé qu'il avait succombé à une hémorragie interne, provoquée par l'intervention musclée de la police.

Pour une enquête du Comité P

Après la diffusion de ces images hier soir par la VRT, les critiques ont fusé, et une enquête du Comité P a été demandée. Le syndicat de la police n’y est d’ailleurs pas opposé. "Une enquête du Comité P permet d’établir objectivement si des fautes ont été commises. Nous sommes dans une position difficile, car nous devons bien sûr défendre nos membres et permettre le déroulement des procédures", a expliqué Michel Goyvaerts du SNPS lors de l’émission radio "De ochtend". "Il faut éviter de crucifier les gens concernés avant que le procès ne soit mené", a-t-il ajouté.

De son côté, le député et bourgmestre de Bruges, Renaat Landuyt (SP.A) plaide pour la création d’un organe externe de contrôle de la Justice, un Comité J, à l’instar du Comité P pour la police. Il estime que l'enquête doit porter non seulement sur les actes policiers, mais aussi sur l'ordre d'injecter au détenu un calmant. D'après Renaat Landuyt, c'est la première fois qu'un magistrat donne la consigne d'injecter un tel produit. Un comité J, composé de magistrats indépendants pourrait, selon lui, se pencher sur un tel dossier.

"Le fait que des magistrats anversois jugent des magistrats anversois n’est pas une chose saine", a-t-il indiqué lors de la même émission. "Le Comité P contrôle la police, mais cela n’existe pas au niveau de la justice".

Joëlle Milquet scandalisée

La ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet compte envoyer une lettre à la zone de police locale concernée par l’incident. "Ce qui est arrivé est épouvantable. Il est scandaleux qu’aucun agent concerné n’ait été suspendu après les faits. Mais cette décision doit intervenir au niveau local de la zone de police", a-t-elle souligné. Joëlle Milquet va dans ce cadre envoyer une lettre aux autorités concernées. "Il faut qu’au moins une suspension intervienne", a-t-elle ajouté.

Début février, la chambre du conseil a décidé de renvoyer l'ancien directeur et un psychiatre du centre psychiatrique Alexianen de Boechout devant le tribunal pour abstention coupable, de même qu'un agent de l'équipe spéciale d'intervention pour les coups portés au jeune homme.