Vlamigrant: une expo sur l’immigration flamande

L’exposition bilingue réalisée par Atlas - la Maison de l'Intégration et de la Diversité de la Ville d’Anvers - et le mouvement Linx+ est depuis peu ouverte au public, en Wallonie, à Marcinelle sur le site du Bois du Cazier. Un endroit très symbolique quand on sait que 33 Flamands comptent parmi les victimes de la catastrophe de 1956.
Jean-Luc Deru

Si la Flandre attire aujourd’hui de nombreux immigrés du monde entier, cela n’a pas toujours été le cas, que du contraire. Il n’y a pas si longtemps, c’était les Flamands qui fuyaient la misère et la famine de leur région pour trouver du travail et un espoir de prospérité sous d’autres cieux, y compris en Wallonie. 

Celle-ci était à l’époque une des régions les plus développées au monde.

Les Flamands dans le monde

L’exposition, qui est composée de grands panneaux illustrés avec de nombreux textes en néerlandais, retrace l’histoire des différentes vagues d’immigration flamande.

A la fin du 16ème siècle, près de la moitié de la population anversoise doit fuir les violences des guerres de religion entre catholiques et protestants. Les protestants, désireux de conserver leur religion, vont émigrer vers les pays scandinaves, l’Allemagne, l’Angleterre, mais surtout les Pays-Bas du nord.

Le 19ème siècle est le siècle de la "pauvre Flandre". A cette époque, la campagne flamande est comparable au "Tiers monde". La mécanisation de l’industrie du lin touchera beaucoup de familles à la campagne, surtout en Flandres orientale et occidentale. De mauvaises récoltes entraîneront famines et épidémies.

Entre 1840 et 1960, un demi-million de Flamands partent en Wallonie à la recherche d’un futur meilleur. En 1947, on compte 750.000 personnes d’origine flamande en Wallonie, dont beaucoup travaillent dans les charbonnages. Selon certaines sources, un Wallon sur cinq a des racines flamandes. Si au 19ème siècle la Flandre est pauvre, la Wallonie fait figure d’Eldorado avec ses charbonnages et sa sidérurgie.

Après la Seconde Guerre mondiale, c’est la reconstruction du pays. Le Premier ministre Achille Van Acker lance la fameuse bataille du charbon. Alors que les Wallons refusent d’encore descendre dans la mine, ce sont des milliers de travailleurs flamands qui font quotidiennement le trajet vers les charbonnages du Centre, de Charleroi et de Liège.

Lors de la catastrophe de Marcinelle en 1956, ce sont les Italiens qui paient le tribu le plus lourd, avec 136 victimes. Mais on déplore aussi 33 victimes parmi les Flamands. Dans le mémorial du Bois du Cazier, où figurent les photographies des 262 disparus, l’œuvre "Stilte" du sculpteur Roger De Haes, offerte par la commune de Begijnendijk (Brabant flamand), leur rend hommage.

Outre les 11 panneaux explicatifs en texte et en image, l’exposition Vlamigrant propose également la diffusion de plusieurs films sur le thème, dont le très beau "Arm Wallonië/ La Terre promise" de Pascal Verbeken et Luckas Vander Talen. Les auteurs traversent les campagnes du Brabant wallon pour rejoindre l’ancien sillon industriel formé par le Borinage, La Louvière, Charleroi, Seraing et Liège. C’est exactement dans ces régions et villes que la vaste majorité des 500.000 immigrés flamands se sont installés.

Le rêve américain, les Flamands au Congo

Plus d'un million de Nord-Américains et des centaines de milliers de Canadiens sont d'origine flamande. Mexique, Pérou, Cuba, Brésil, Argentine, autant de pays d'Amérique latine où l'on trouve des colonies belges. En 1960, quelque 100.000 compatriotes habitent l'ancienne colonie belge du Congo.

En 2012, environ 300.000 Belges vivaient à l'étranger sur une base temporaire ou permanente. Aujourd'hui, à l'instar de la Wallonie, la Flandre est devenue une terre d'accueil.

A noter que dans le cadre de l’exposition Vlamigrant, Le Bois du Cazier organise une excursion, le 16 mars prochain à Lokeren et à Gand, intitulée "Sur les traces des migrants flamands". A Gand, les participants arriveront au Vooruit, ancienne maison du peuple qui a eu 100 ans en 2012.

Ajoutons encore que Le Bois du Cazier fait partie de la "Coalition des Sites de Conscience", un réseau mondial des sites historiques spécifiquement destinés à commémorer les luttes passées et à réfléchir à leur héritage contemporain.

Vlamigrant - Une exposition sur l'émigration des Flamands en Wallonie et dans le monde : du 19/01 au 21/04/13 au Bois du Cazier à Marcinelle.

Adresse : LE BOIS DU CAZIER
Rue du Cazier, 80
6001 Marcinelle
Belgique

Le site internet du Bois du Cazier