"Ne détruisons pas l'économie par l'austérité"

Des économistes de plusieurs grandes banques belges critiquent de plus en plus la politique d’austérité imposée par l’Europe. Ces économistes pensent que la Commission impose des objectifs budgétaires beaucoup trop difficiles à atteindre aux Etats membres. Ils plaident pour davantage de réformes structurelles des pouvoirs publics.

Dès ce weekend débutera le conclave budgétaire, au cours duquel il faudra trouver environ 2,5 milliards afin de maintenir le déficit des finances publiques en dessous de la barre des 2,15% du PIB en 2013, selon l’engagement qu’a pris notre pays par rapport à la Commission européenne.

Il faut dire qu’après les difficiles négociations budgétaires d’octobre et de novembre dernier, il n’y a pas beaucoup d’enthousiasme au sein des partis de la coalition pour prendre de nouvelles mesures d’austérité.

Il y a quelque temps, la vice-Première ministre PS Laurette Onkelinx (photo) avait appelé à revoir la trajectoire d’assainissement budgétaire convenue avec la Commission européenne, afin de donner au gouvernement des marges pour relancer l’emploi. Elle estimait qu’il ne fallait pas suivre de manière fanatique les objectifs budgétaires.

La ministre socialiste a reçu un soutien inattendu ce jeudi comme le révèlent De Standaard, De Morgen et De Tijd. Les économistes en chef d’institutions financières comme Belfius, Petercam, KBC et ING, estiment que cela n'a aucun sens de vouloir ramener à tout prix le déficit à 2,15 % du PIB en 2013. "Nous ne devons pas faire des économies jusqu’à nous détruire. Il vaut mieux étaler les économies à réaliser sur un plus long terme" estime Frank Lerman, économiste chez Belfius.

Frank Lerman qualifie la politique d’assainissement européenne de "doctrinaire" et appelle à un "compromis acceptable" où non seulement on s’intéresserait à la diminution de la dette et à une discipline budgéataire mais aussi à la lutte contre le chômage des jeunes.

Pour son collègue chez Petercam, Bart Van Craeynest, "la discipline budgétaire constitue un "non-sens économique". Que le déficit de la Belgique soit de 2,15 ou de 3% cela ne change pas grand-chose d’un point de vue économique" estime-t-il.

"Se focaliser à ce point sur les 2,15% est inutile. Nous sommes en dessous des 3% et c’est une réussite," estime pour sa part Johan Van Gompel de la KBC.

"Ne pas économiser, c'est la politique de l'autruche"

Une voix dissidente se dégage pourtant parmi ces économistes, Geert Noels d’Ecopolis estime que ne pas faire d’économies relève de la politique de l’autruche. "Le déficit budgétaire actuel n’est pas conjoncturel mais structurel. L’Etat doit réaliser des économies", estime Noels, "parce que l’appareil de l’Etat continue de croître et reste inefficace".

Ces dernières années, les marchés financiers ont été sans pitié pour sanctionner les pays qui n’atteignaient pas leurs objectifs budgétaires. Les taux d’intérêts sur les emprunts d’Etat grimpent ce qui conduit à une nouvelle augmentation des dépenses publiques de ces pays.
Pourtant le Fond Monétaire International a remis en question cette vision. L’économiste Olivier Blanchard du FMI a publié une étude selon laquelle l’austérité serait encore plus destructrice de croissance et d’emploi que prévu.
En d’autres termes, épargner fortement conduirait à moins ou à pas de croissance du tout et il faudrait toujours épargner davantage. Le FMI aurait à présent l'intention de mettre fin à cette spirale, ce que prônait déjà depuis un moment le Professeur Paul De Grauwe (KU Leuven et London School of Economics).

Même les autorités concernées comme le Commissaire européen Olli Rehn (photo) accorderait à présent sa préférence à des économies structurelles plutôt que de céder au fétichisme des normes budgétaires à court terme.

Voilà peut-être une bonne nouvelle pour notre gouvernement fédéral même si des mesures structurelles seront beaucoup plus difficiles à prendre que les manipulations habituelles des postes dépenses et recettes et de mesures "on shot" comme nous y avons été habitués.