"L'Etat devrait cultiver son propre cannabis"

Le toxicologue louvaniste Jan Tygat plaide pour la mise en place d’un projet-pilote dans le cadre duquel les autorités cultiveraient et commercialiseraient leur propre cannabis. Cette mesure permettrait selon lui de contrecarrer la culture de dizaines de plantations illégales dans notre pays et d’offrir une garantie de qualité de cette drogue douce. La ministre de la Santé publique Laurette Onkelinx (PS) n’exclut pas l’idée.
BELGA/DESPLENTER

La plantation illégale connait un important essor dans notre pays, indique Jan Tygat (photo), qui reçoit régulièrement des plantes de la police ou de la justice pour des analyses toxicologiques. "Il faut s’interroger sur les mesures répressives et voir si ces dernières ne coûtent pas trop cher tout en rapportant trop peu", souligne-t-il.

"Dans cette optique, nous pouvons avancer un certain nombre d’arguments, scientifiques également, qui nous mènent à penser à un projet-pilote de légalisation du cannabis, mais sous des conditions strictes".

La culture du cannabis ne serait pas ouverte à tous. Les autorités mettraient toutefois en place un système dans le cadre duquel des plantations pourraient être effectuées en toute légalité. "Les avantages d’un tel système résident dans le fait qu’on connaîtrait précisément la concentration de la composante active, le THC. Aucun pesticide ou autres substances ne seraient utilisées, et les consommateurs pourraient s’en approprier de manière tout à fait légale", avance encore le toxicologue. Le gouvernement pourrait en outre lever des accises sur la vente.

Tout ce qui sort de ce système officiel pourrait dès lors être davantage réprimé, ajoute Jan Tygat. Depuis que les Pays-Bas interviennent de façon plus répressive contre les plantations de cannabis, notre pays enregistre une présence accrue de cultures illégales.

La ministre de la Santé publique Laurette Onkelinx (PS) n’exclut pas un tel projet. Elle estime en effet que la politique sur le cannabis menée par notre pays a échoué, et qu’il est nécessaire de  penser à des alternatives. "Nous devons y réfléchir avec les scientifiques, mais il y a certainement un échec de notre politique dont les effets sont dangereux", constate la ministre fédérale.