Les réacteurs de Doel et Tihange peuvent redémarrer

L'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) estime que l'exploitation des unités de Doel 3 et Tihange 2 peut être reprise en toute sûreté, a-t-on appris vendredi lors d'une conférence de presse. Les deux réacteurs sont à l'arrêt depuis l'été dernier, après la découverte de microfissures. La décision de l’AFCN tombe après une enquête de 11 mois.

GDF Suez, la maison-mère d'Electrabel, avait indiqué il y a une dizaine de jours que les deux réacteurs ne pourraient pas être relancés avant le 1er juin.

L'opération de redémarrage prend entre deux et trois semaines, a précisé l'AFCN vendredi lors de la présentation des conclusions de son rapport. Selon cette dernière, la sécurité est garantie. Le fonctionnement des réacteurs sera suivi de très près les premiers 12 à 18 mois.

Electrabel n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat. "Nous attendons les explications techniques et l'éventuelle communication du gouvernement", se borne à dire une porte-parole.

Le gouvernement Di Rupo a pris acte de l’avis rendu par l’AFCN. Le gouvernement n'a pas à se positionner, a souligné la ministre de l'Intérieur, Joëlle Milquet, précisant que si, "dans les faits", un arrêt des centrales avait été opéré, "juridiquement", on était resté "dans le cadre de l'exploitation".

"Nous sommes face à un régulateur indépendant et nous n'avons aucune possibilité d'immixtion", a-t-elle expliqué, soulignant que le gouvernement avait été informé et que le parlement le serait également la semaine prochaine. Il en aurait été autrement si l'AFCN avait par exemple appelé à la fermeture des centrales.

Le Premier ministre Elio Di Rupo a pour sa part tenu à rappeler que la "sécurité et la santé des personnes" figuraient au coeur des priorités du gouvernement.

De son côté, l’opposition a déjà exprimé des critiques envers ce feu vert. de l'AFCN. Pour le parti écologiste flamand Groen, le gouvernement doit prendre l’entière responsabilité dans ce dossier. Le parti demande l’organisation d’une séance d’audition au sein du Parlement lors de laquelle l’AFCN mais aussi la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet (cdH) doivent être entendus.

Greenpeace dépose plainte pour négligence coupable

L'organisation de défense de l'environnement Greenpeace va déposer plainte contre le gouvernement pour négligence coupable, a indiqué vendredi Eloi Glorieux, responsable de la campagne Energie chez Greenpeace. L'organisation dénonce l'absence de plan d'urgence adéquat en cas d'accident nucléaire.

Greenpeace avait déjà par le passé attiré l'attention des médias et du monde politique sur l'importance de mettre sur pied un véritable plan d'évacuation en cas d'accident nucléaire. "Ce n'est toujours pas le cas. Au contraire, ce risque est aujourd'hui encore augmenté avec le redémarrage des réacteurs. C'est pourquoi nous déposons plainte pour négligence coupable", selon M. Glorieux.

"Sous la pression du lobby nucléaire, le gouvernement opte une nouvelle fois pour un système énergétique dépassé", ajoute Greenpeace dans un communiqué diffusé après l'annonce du redémarrage de Doel 3 et Tihange 2. "Il rejette par ailleurs toute responsabilité en suivant aveuglément l'avis de l'AFCN. Et ce, alors qu'il n'y a aucun consensus au niveau des experts et que le rapport de l'AFCN même est basé sur des suppositions."

Selon Greenpeace, "différents experts et agences de contrôle ont mis en doute la sécurité de Doel 3 et Tihange 2, parmi lesquels l'ancien directeur de l'AFCN, Willy De Roovere, l'Autorité de sécurité nucléaire (ASN) française et Dieter Majer, l'ancien directeur de l'agence de contrôle nucléaire allemande". Et de conclure que, si différents experts et scientifiques indépendant ne sont pas parvenus à se mettre d'accord, alors "le gouvernement doit exclure tout risque et fermer définitivement Doel 3 et Tihange 2".