Le cimetière de munitions à la côte: une bombe à retardement ?

Deux des plus grands dépôts de munitions au fond de la mer du Nord se trouvent au large de la station balnéaire de Knokke-Heist (Flandre occidentale) et dans l’Escaut oriental (aux Pays-Bas). C’est ce qu’indique le magazine scientifique Eos, dans son dernier numéro en date. Les munitions proviennent des deux Guerres mondiales et contiennent des quantités importantes de substances dommageables pour l’environnement. Interrogé à propos de ces dépôts dans l’émission "De Ochtend" sur la première chaîne radio de la VRT, le ministre Johan Vande Lanotte (SP.A), responsable aussi pour la Mer du Nord, a relativisé le danger.
AP2007

Le cimetière de bombes au large de Knokke-Heist (Flandre occidentale) fait trois kilomètres carrés et contient 35.000 tonnes de munitions. Il se trouve sur le banc de sable peu profond du Paardenmarkt. Une couche de protection de limon recouvre le dépôt de munitions, mais elle serait très fine à certains endroits.

Le magazine scientifique Eos, qui rapporte l’information dans son dernier numéro en date, indique que les munitions déversées dans ces fonds marins lors des Guerres mondiales de 1914-18 et de 1939-45 contiennent des quantités importantes de gaz toxique, de TNT et de phosphore blanc, très dommageable pour l’environnement. Le plus inquiétant, selon le magazine, sont les grenades de gaz toxique qui compteraient pour un tiers de ces munitions.

"Le Paardenmarkt se trouve à proximité d'un des ports les plus actifs d'Europe occidentale et à un jet de pierres des principales routes maritimes, de pipelines et de terminaux de gaz", peut-on lire dans Eos. "Les conséquences d'une collision de la proue d'un navire avec des caisses pleines de munitions toxiques seraient désastreuses pour la vie marine et la zone côtière."

Aux Pays-Bas, un dépôt de 30.000 tonnes de munitions datant de la Deuxième Guerre mondiale gît dans l'Escaut oriental. Près d'un tiers (9 tonnes) serait constitué de poudre, contenant du phosphore blanc, et de TNT, qui est connue pour être génotoxique. Ce qui veut dire que cette matière modifie l'ADN des poissons avec lesquels elle entre en contact.

"Aucune substance n’est libérée dans la mer"

Interrogé sur ces grands dépôts de munitions, ce vendredi matin dans l’émission « De Ochtend » de la VRT radio, le ministre Johan Vande Lanotte (SP.A, photo), responsable aussi pour la Mer du Nord, a relativisé le danger.

« Nous suivons la situation de très près depuis 1995. Presque chaque année paraît une étude sur le sujet. Chaque fois, le dépôt au large de Knokke-Heist reste stable, grâce à l’épaisse couche de sable qui le recouvre. Il n’y a pas de corrosion et aucune substance ne s’en échappe ».

Même si quelque chose se passait, les munitions ne quitteraient pas le fond de la mer du Nord. « Nous utilisons un système d’alerte rapide. Dès qu’une substance toxique sera éventuellement détectée, nous allons encore davantage recouvrir le dépôt de munitions. D’abord, nous le recouvrirons de plus de sable. Mais si c’est nécessaire, nous pourrons utiliser des matériaux plus durs », précisait Johan Vande Lanotte dans « De Ochtend ».

Le ministre considère qu’il n’est pas possible de vider le dépôt de munitions. « Cela constituerait un risque en soi. Quand les munitions seront sorties de l’eau, cela pourrait très mal se passer. Et puis une telle opération serait très onéreuse ».

Le ministre de la Mer du Nord doute que le dépôt sous-marin représente un danger pour la navigation. « Ce dépôt est signalé sur toutes les cartes marines. Les navires doivent se tenir à l’écart de l’endroit. Et cela vaut aussi pour les pêcheurs. Et tout le monde s’y tient, car lors de chaque inspection, il est apparu que le fond de la mer n’avait pas été touché à cet endroit », concluait Johan Vande Lanotte.