La fracture communautaire pas nécessairement Nord-Sud

Une nouvelle étude universitaire sur l’avenir du fédéralisme belge montre que les plus régionalistes ne sont pas forcément ceux auxquels l’on pense. Il ne faut pas généraliser en disant que les partis flamands veulent tous plus d’autonomie pour les régions et les francophones moins.

L’étude a été menée par Dave Sinardet, le politologue de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) et par Min Reuchamps et Jérémy Dodeigne, deux chercheurs de l’Université catholique de Louvain (UCL). Ils ont interrogé 513 parlementaires fédéraux, communautaires et régionaux et leur ont demandé de se positionner sur les compétences des régions et communautés. 243 d’entre eux ont participé à l’étude qui a été menée entre juillet et octobre 2011, soit en pleine crise politique, juste avant l’accord sur la sixième réforme politique. Les parlementaires interrogés pouvaient rester anonymes.

Un fossé entre un "bloc nationaliste" et les autres

Alors qu’on s’attendait à ce que les parlementaires flamands, soient plus en faveur d’une autonomie renforcée que leurs collègues francophones, l’enquête montre que ce n’est pas toujours le cas. Les parlementaires MR et même Ecolo sont plus demandeurs d’un transfert de compétences aux communautés et régions que ceux du SP.A ou de Groen. "Il est étrange de constater qu’il n’y a pas de fossé entre Flamands et francophones sur les questions communautaires" déclare Dave Sinardet. Plus qu’entre la Flandre et la Wallonie, la ligne de fracture communautaire se situe entre un "bloc nationaliste" composé du Vlaams Belang et de la N-VA d'une part et les autres partis de l'autre.

Sans surprise, le Vlaams Belang et la N-VA sont en faveur d'une autonomie radicale et arrivent juste devant le CD&V. Viennent ensuite le MR et l’Open VLD. Le MR prône une autonomie des entités fédérées plus importante qu'Ecolo, le CDH, le FDF et le PS mais le parti réformateur est cependant davantage en faveur d'une autonomie renforcée que le SP.A et Groen!
L’Open VLD est le plus divisé sur l’avenir du dédéralisme belge. Un parlementaire libéral flamand sur quatre (24%) veut une régionalisation plus poussée, alors qu’un groupe plus important (30%) est partisant d’une refédéralisation de certaines compétences.

Les chercheurs se sont aussi intéressés à la question identitaire. Les parlementaires SP.A se sentent avant tout belges (94%). Au MR, c’est 81,9%. Les parlementaires N-VA s'identifient, pour la majorité, comme uniquement flamands. Une minorité (26,1 %) se sent d'abord flamande mais également belge.
Côté francophone, c'est au FDF que l'on rencontre le plus de parlementaire qui font passer leur communauté avant leur pays (75%).

Par ailleurs, la crise politique est due "à la différence de contenu entre la vision des francophones et des Flamands", selon une majorité de parlementaires. "C'est ensuite la faute des partis de l'autre communauté qui prévaut".