Berlinde De Bruyckere représente la Belgique à Venise

La ministre flamande de la Culture, Joke Schauvliege (CD&V), a inauguré mercredi le pavillon belge à la 55e Biennale internationale d’art de Venise. Il contient "Kreupelhoud - Crippelwood", une sculpture monumentale et émouvante de l’artiste gantoise Berlinde De Bruyckere.

Tous les deux ans, la Communauté flamande et la Communauté française envoient à tour de rôle un artiste de leur « terroir » à la Biennale internationale d’art de Venise, pour une exposition en solo dans le pavillon belge. Cette année, l’honneur en incombe à la Flandre. En septembre dernier, la ministre flamande de la Culture, Joke Schauvliege, indiquait que le choix s’était porté sur l’artiste gantoise Berlinde De Bruyckere (49 ans, photo), spécialisée dans les sculptures de cire, bois, laine, crins ou cheveux.

L’artiste avait gardé jusqu’à l’inauguration du pavillon belge, ce mercredi, le secret sur l’œuvre qu’elle a réalisée pour la Biennale de Venise. La ministre Schauvliege a, pour sa part, qualifié l’œuvre monumentale d’installation « qui saisit chaque visiteur, parce qu’elle nous confronte, en silence, avec notre propre vulnérabilité ».

Dans le pavillon belge Art Deco, plongé dans la pénombre et dont l’artiste gantoise a noirci et patiné les murs, son œuvre unique - baptisée « Kreupelhout - Crippelwood » (‘Bois boiteux’ ou ‘Bois à brûler’ en français) - représente un énorme Saint Sébastien couché, dont le corps est fait de troncs d’arbres et notamment du tronc d’un orme de l’atelier de Berlinde De Bruyckere qui tomba lors d’un orage. L’artiste belge a fait des moulages en cire de l’arbre et de ses branches, avant de les peindre couleur sang ou chair. Les pièces assemblées reposent sur des coussins anciens.

Le choix de Saint Sébastien, blessé par des flèches, n’est pas un hasard : ce dernier est représenté des dizaines de fois dans les églises de Venise, où il fut invoqué par le peuple pour se protéger de la peste. « C’est une métamorphose inversée de la figure de Saint Sébastien qui devient arbre et qui, transpercé par les flèches, gît comme corps au milieu du pavillon », explique Berlinde De Bruyckere.

 L’œuvre a été faite sur mesure pour le pavillon belge. Le Prix Nobel de littérature John Maxwell Coetzee a été désigné comme curateur du projet. Il aura joué un rôle d’inspirateur et de partenaire de réflexion pour l’artiste gantoise, qui échangea avec lui de nombreux courriels. « Saint Sébastien devenu arbre, au lieu d’être supplicié contre un arbre. (…) L’image doit exprimer la soumission, l’acceptation”, écrivit ainsi notamment De Bruyckere à Coetzee.

L’œuvre monumentale est à voir jusqu’au 24 novembre 2013 dans le pavillon belge à la Biennale internationale d’art de Venise. Elle sera ensuite exposée au Musée d’art contemporain SMAK à Gand (Flandre orientale).