De grandes banques mettent le gouvernement en garde

Plusieurs économistes de grandes institutions financières installées dans le pays indiquent aux autorités belges qu’il est grand temps d’adopter des réformes économiques. La Belgique risquerait sinon de devenir un mauvais élève de la classe européenne. Des pays de l’Union qui s’en sortent actuellement moins bien que la Belgique du point de vue économique sont en effet en train de prendre des mesures pour y remédier.

Le ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V,) et le Premier ministre Elio Di Rupo (PS) se sont rencontrés (photo principale, archives) ce mercredi pour la première fois pour évoquer des mesures qui permettraient d’accroître la compétitivité de la Belgique. Il ont notamment parlé des coûts salariaux et avancé plusieurs pistes, dont celle de « zones franches » à fiscalité favorable.

A l’issue de l’entrevue, Kris Peeters a déclaré : « Nous ne pouvons pas attendre jusqu’aux élections de l’an prochain. Nous devons mener une action maintenant. En ce qui me concerne, un pacte de compétitivité est nécessaire aujourd’hui et pas demain ».

Le ministre-président flamand était aussi interrogé ce mercredi au parlement régional sur la question des coûts salariaux, alors que la Flandre vient de voir passer sous son nez deux grands projets d’investissement (Action et Canon), qui auraient permis de créer quelque 1.200 emplois. Les entreprises auraient en effet cité le coût du travail comme l’une des raisons de ne pas s’implanter en Belgique.

"Il est midi moins une"

Dans les pages du quotidien De Standaard, plusieurs économistes des grandes banques ING, KBC et BNP Paribas Fortis conseillent vivement aux autorités belges de lancer au plus vite des réformes économiques. Selon eux, la Belgique ne figurerait en effet déjà plus dans le peloton de tête des pays de l’Union européenne et de la zone euro. D’autre part, les pays qui réalisent actuellement de moins bons résultats semblent en passe de rattraper la Belgique, parce qu’ils introduisent eux des mesures économiques.

Selon Peter De Keyzer de BNP Paribas Fortis, la croissance économique de la Belgique se situera - pour la première fois depuis bien longtemps - sous la moyenne de l’Union monétaire dans son ensemble. Selon cet économiste, il faut avant tout introduire des modifications en matière de coûts salariaux, de compétitivité et dans le domaine des pensions. « Ce sont des choses importantes pour garantir notre prospérité à l’avenir ».

Le spécialiste de BNP Paribas Fortis estime d’autre part que la Belgique a raté l’occasion de profiter des taux d’intérêts bas. « Ces taux d’intérêts peu élevés facilitent les réformes, tout en donnant l’impression qu’il ne se passe rien ». Notre pays serait tombé dans ce piège.

Les pays où les taux d’intérêts étaient ou sont élevés - comme l’Italie, l’Espagne et le Portugal -, « sont vraiment sous pression sur les marchés financiers et sont donc effectivement en train d’introduire des réformes. Le risque est donc que la Belgique fasse du surplace et qu’elle soit dépassée par des pays qui sont actuellement à la traîne ».

Peter De Keyzer reconnaît qu’un assainissement et des réformes trop drastiques ne sont pas bons pour la confiance des consommateurs à court terme, mais souligne que toutes les mesures qui sont nécessaires à long terme font toujours mal à court terme. « C’est un dilemme pour les politiciens, mais si toutes les institutions européennes font la même analyse, on ne peut échapper à la nécessité de réformer ».

De Keyzer estime qu’un pays ne peux se faire du tort en assainissant, « aussi longtemps qu’il accuse un déficit budgétaire et qu’il dépense donc davantage qu’il ne perçoit ». L’économiste plaide donc aussi en faveur d’un plan à long terme, qui comprenne notamment un budget pluriannuel, une limitation de la dette fixée dans la Constitution et des mesures pour accroître la compétitivité de la Belgique, comme par exemple une diminution des coûts salariaux.

Peter De Keyzer souligne aussi l’importance de prolonger l’activité professionnelle des travailleurs. « Il faut décourager l’inactivité », estime-t-il.