"Six banques belges font de la spéculation alimentaire"

Ces banques belges ont levé plus de 3,7 milliards d'euros via 28 fonds pour spéculer sur des matières premières. C'est ce qu'annonce un rapport des ONG CNCD-11.11.11, SOS Faim, Oxfam Solidarité, RFA et Fairfin, présenté ce mardi. Un quart de la somme a été investi dans la spéculation alimentaire. "Les gens investissent en toute confiance leur argent dans de tels fonds, mais sans se rendre compte qu'ils déstabilisent aussi le marché alimentaire", déclarent les chercheurs.

Selon le rapport des organisations non-gouvernementales, les six banques qui investissent dans les matières premières douteuses sont la Deutsche Bank (près de 2,7 milliards), BNP Paribas Fortis (à hauteur de 841 millions), Axa (plus de 80 millions), Belfius (environ 75 millions) et ING (60 millions). La banque commerciale et d'investissement néerlandaise ABN Amro a émis près de 3 millions de certificats.

En plus de cela, les investisseurs belges pouvaient encore souscrire à deux fonds supplémentaires auprès de la Deutsche Bank, valables pour 6,3 milliards d'euros. Il est difficile de connaître la somme exacte investie dans des matières premières agricoles, mais les ONG l'évaluent entre 768 et 948 millions d'euros. A côté des fonds des investisseurs privés dont le montant est connu, il y a aussi l'argent investi par les investisseurs institutionnels et les banques dans la spéculation alimentaire. "Tout porte à croire que ce montant représente un multiple de la 'part visible' des investissements."

"Avec la crise économique, les investisseurs cherchent à faire des affaires à forte marge bénéficiaire. Mais pas sans conséquences, puisque c'est ainsi que l'on gaspille 46 fois la quantité de blé mondialement disponible et 24 fois celle du maïs", dénoncent les ONG. Tout cela fragilise le marché alimentaire et crée des pics au niveau des prix, qui sont désastreux pour les pays du Sud.

Selon les organisations non-gouvernementales, la spéculation est toujours possible parce que personne n'a tiré la sonnette d'alarme. Elles demandent donc aux banques concernées de se retirer des fonds de spéculation et d'opter pour des investissements alternatifs plus éthiques. Les ONG demandent aussi aux responsables politiques belges de se pencher sur les règles en vigueur.

Les ONG ajoutent que le moment choisi pour publier leur rapport n'est pas aléatoire, puisque "c'est jeudi au Parlement fédéral et vendredi au Conseil européen que la Belgique doit se positionner sur l'introduction de situations limites. Le danger reste que des exceptions soient accordées à la réglementation", ce qui compromettrait celle-ci, met en garde Bogdan Vanden Berghe (photo) de l’ONG 11.11.11.