Faut-il vacciner tous les enfants contre la grippe?

Pour le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE), qui a étudié les stratégies qui généreraient le plus de bénéfices en termes de santé par euro investi, la vaccination des enfants contre la grippe saisonnière, bien qu'elle génère un certain degré d'immunité de masse, ne suffirait pas à remplacer la vaccination des adultes. Si l'immunité conférée par le vaccin était plus longue et son prix moins élevé, le Centre conseillerait de vacciner tous les enfants et d'augmenter la couverture chez tous les adultes de plus de 50 ans.

Le Conférence interministérielle Santé a demandé au KCE d'identifier les priorités entre les différents groupes cibles à vacciner contre l'influenza afin de la conseiller quant aux stratégies qui généreraient le plus de bénéfices en termes de santé par euro investi (rapport coût-efficacité) pour prévenir un maximum de grippes et de décès.

Le KCE a analysé l'efficacité et le rapport coût-efficacité de plus de 5.600 stratégies de vaccination en collaboration avec les universités d'Anvers et de Hasselt, notamment la vaccination des groupes vulnérables comme les personnes âgées, des patients avec des maladies chroniques, des enfants, etc.

Les auteurs pointent toutefois l'insuffisance de données disponibles sur la grippe, le comportement du virus - qui change d'année en année - et l'efficacité du vaccin, qui varie selon le profil épidémique et la catégorie d'âge. Le prix auquel les instances compétentes peuvent obtenir le vaccin influence également le rapport coût-efficacité.

En ce qui concerne la vaccination universelle des enfants, elle est aussi "coût-efficace" que d'autres vaccinations récemment introduites dans le calendrier vaccinal "pour autant que les coûts de la vaccination soient réduits d'au moins 25%", ce qui pourrait être le cas si le vaccin est administré par les services de santé scolaire, indique le KCE. Cette vaccination génère par ailleurs un certain degré d'immunité de masse, souligne le KCE.

"La vaccination des enfants contre la grippe saisonnière peut engendrer un certain niveau de protection indirecte d'autres groupes d'âge, mais son impact n'est pas suffisant pour remplacer la vaccination des adultes à risques, même si une couverture vaccinale élevée peut être atteinte", insiste le KCE.

La vaccination des femmes enceintes, des travailleurs de la santé et des personnes présentant une affection chronique sous-jacente est également aussi "coût-efficace" que d'autres vaccinations, d'autant plus si la vaccination de ce groupe confère une protection plus élevée à leurs contacts.

Concernant les adultes, les options les plus "coût-efficaces" incluent l'arrêt de la vaccination des jeunes adultes en bonne santé (18-49 ans), bien que cela aurait un effet néfaste sur ce groupe, précise le Centre. L'augmentation de couverture chez les personnes âgées de plus de 75 ans, tout en maintenant la couverture actuelle chez les autres groupes est une stratégie très intéressante, souligne le KCE.

"L'intervention qui aurait la plus grande efficacité en termes cliniques, c'est-à-dire vacciner tous les enfants avec une couverture de 80% et augmenter la couverture chez tous les adultes de plus de 50 ans, pourrait réduire d'environ 40% le nombre actuel d'hospitalisations et de décès. Cependant, cette intervention ne serait coût-efficace que sous l'hypothèse d'une durée plus longue d'immunité et/ou si les coûts de vaccination étaient plus bas que ceux choisis dans notre scénario de base (prix du vaccin sans appel d'offre et coût d'administration d'une consultation)", conclut le KCE dans son rapport.

Le KCE précise toutefois n'avoir pas tenu compte, dans son analyse, du coût indirect lié à la perte de productivité des patients adultes malades et des parents d'enfants malades.