Syrie: la Belgique réclame des preuves sur les armes chimiques

Des divergences sont apparues entre les partis de la majorité gouvernementale sur la nécessité de disposer ou non d'un mandat du Conseil de sécurité de l'Onu pour une participation belge à une intervention militaire en Syrie. Seul l’Open VLD soutient la possibilité d'une participation à une telle opération sans l'aval des Nations Unies.

La Belgique continue à réclamer aux pays qui en disposeraient des preuves "irréfutables" de l'emploi d'armes par le régime du président syrien Bachar al-Assad le 21 août dans la banlieue de Damas, a affirmé mercredi le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR), en excluant - tout comme son collègue de la Défense, Pieter De Crem (CD&V) - toute participation à une intervention en Syrie sans aval des Nations Unies.
Mais des divergences sont apparues entre les partis de la majorité gouvernementale sur la nécessité de disposer ou non d'un tel mandat du Conseil de sécurité de l'Onu pour une participation belge à une intervention militaire, bien que la plupart des parlementaires aient dressé un bilan sans complaisance de l'action du président syrien et de la répression de son peuple lors d'une réunion extraordinaire des commissions des relations extérieures et de la défense de la Chambre et du Sénat.

L'usage des armes chimiques "n'est plus une pratique licite" après la ratification par 187 pays de la Convention d'interdiction des armes chimiques (CIAC) - sept pays, dont la Syrie, ne l'ont pas fait - , a affirmé Didier Reynders.
L'usage des armes chimiques peut être assimilé à des crimes de guerre, voire contre l'humanité, a ajouté le chef de la diplomatie belge, rappelant combien la question était sensible en Belgique, où l'ypérite (ou gaz moutarde) a été utilisé pour la première fois par l'armée allemande près d'Ypres, en juillet 1917.
La communauté internationale dispose d'un "faisceau d'indices concordants" qui pointent vers le régime, "mais nous n'avons de preuves irréfutables" que ces armes ont été utilisées par l'armée syrienne lors de cette attaque, a souligné Didier Reynders, évoquant même une possible "perte de contrôle" de son armement chimique par le régime syrien. Il y a "beaucoup d'incertitudes" même si de plus en plus de pays mettent en cause l'armée syrienne, a-t-il fait valoir pour expliquer l'attitude "prudente" adoptée par l'équipe Di Rupo 1er.
La plupart des députés et sénateurs qui ont pris la parole, en particulier les socialistes du nord et du sud du pays, ont souligné qu'une telle participation n'était envisageable qu'avec un mandat onusien - en dépit du blocage total au sein du Conseil de sécurité causé par la Chine et la Russie -, en s'en référant à la déclaration gouvernementale de l'équipe Di Rupo.
"Un mandat (du Conseil de sécurité), c'est une condition absolue pour intervenir", tout comme "suffisamment de preuves", a lancé le député Dirk Van der Maelen (SP.A). "Il faut des preuves formelles", a renchéri son collègue Christian Lacroix (PS) en soulignant que le recours à des armes chimiques "ne peut rester impuni".
Mais le député Vincent Van Quickenborne (Open VLD) a pour sa part évoqué la possibilité d'une participation belge sans l'aval des Nations Unies. "Sans l'ONU, s'il le faut, avec une coalition (internationale) la plus large possible", a-t-il lancé.
"De préférence avec l'aval du securité", a pour sa part dit son collègue Gerald Kindermans (CD&V).
Le député Georges Dallemagne (CDH) a quant à lui exprimé ses doutes sur un accord au sein du Conseil de sécurité, en dépit d'un apparent assouplissement de la position de Moscou par la voix mercredi du président russe Vladimir Poutine.
"Le droit international, c'est bien plus" (que l'aval du Conseil de sécurité), c'est aussi le droit humanitaire", a-t-il souligné en évoquant aussi la "responsabilité de protéger" ("R2P" en anglais), un concept adopté par l'ensemble des États de l'ONU en 2005.
Le ministre de la Défense, Pieter De Crem, a pour sa part provoqué quelques questions en affirmant qu'en tant qu'"allié fidèle", la Belgique ne devait pas "désolidariser des pays et alliés qui seraient prêts à donner un message adapté à la Syrie dans le cadre d'une coalition de volontaires ("coalition of the willing"). Il a toutefois assuré que la Belgique n'avait aucunement été sollicitée pour y prendre part et qu'aucun scénario d'intervention n'était à l'étude au sein de l'armée.