"Légiférer pour mettre le bizutage hors la loi"

Ségolène Royal, qui fit voter l'interdiction du bizutage en France il y a 15 ans, a écrit au Premier ministre belge, Elio Di Rupo, pour lui demander de faire de même dans son pays après l'affaire de Liège, au cours de laquelle une jeune Française a frôlé la mort.

Se disant "bouleversée" par cette affaire et "forte" de son expérience de ministre de l'Enseignement scolaire (1997-2000), Mme Royal juge qu'il ne "suffit pas d'appeler les choses par leur nom, de mener d'actives campagnes de prévention et de dire le droit avec fermeté pour que disparaissent du jour au lendemain ces pratiques délictueuses".

"Il y faut une vigilance constante", insiste-t-elle dans ce courrier révélé par le quotidien La Libre Belgique. "La loi pénale donne des armes pour les combattre plus efficacement. Elle inverse le rapport de forces au profit des victimes, dont la parole est désormais légitimée, et des adversaires du bizutage, qui ont le droit pour eux", explique l'ancienne candidate à la présidentielle en France.

"Voilà pourquoi je prends la liberté (...) de vous recommander de donner à l'interdiction effective du bizutage toute la force d'une loi", poursuit l'ancienne ministre socialiste au Premier ministre belge, socialiste lui aussi.

"Je ne doute pas que les faits qui se sont récemment produits à Liège vous révoltent autant que moi, c'est pourquoi je m'autorise à vous le dire sans détour: légiférer pour mettre le bizutage hors la loi", conclut Mme Royal, visiblement peu au fait de l'architecture institutionnelle belge, l'enseignement supérieur relevant des Communautés.

Le 22 septembre, une jeune étudiante originaire de Saint-Etienne, inscrite en deuxième année à la faculté vétérinaire de l'Université de Liège, était tombée dans le coma au cours d'un "baptême" étudiant, victime d'un "oedème cérébral" causé par l'absorption rapide de plusieurs litres d'eau.
La jeune fille est sortie du coma après deux jours, mais l'affaire a relancé la polémique sur ces pratiques en Belgique.

Les autorités belges compétentes en la matière ont exclu début octobre de légiférer sur les baptêmes.