Didier Bellens, un administrateur controversé

A 58 ans, le patron le mieux payé des entreprises publiques belges, avec un salaire de 2,4 millions d'euros nets par an, s'est mis à dos l'ensemble du monde politique en multipliant les déclarations controversées ces derniers mois. Didier Bellens était à la tête de Belgacom depuis 2003. Son mandat avait été renouvelé en 2009, en principe pour six ans.

Révoqué vendredi par le gouvernement, Didier Bellens est considéré comme un bon gestionnaire, mais est un adepte des déclarations tapageuses. Quatre dossiers ont contribué à écorner son image.

Le dossier Concetta Fagard d'abord. En 2011, Didier Bellens avait nommé son assistante, Concetta Fagard, au poste de vice-présidente de Belgacom. Une plainte pour harcèlement sera déposée contre la nouvelle vice-présidente. Elle sera remerciée, mais Didier Bellens la réintégrera. Cette rapide réintégration ne se fera pas sans mal et Concetta Fagard sera finalement poussée vers la sortie.

Cette année, Didier Bellens a effectué une première sortie remarquée à l'occasion d'évoquer la 4G à Bruxelles. Le désormais ex-patron de Belgacom n'était pas d'accord avec le plan de réseau 4G pour Bruxelles et l'a fait savoir. "La capitale de l'Europe risque d'être le seul endroit en Europe où il n'y a pas de 4G", expliqua-t-il. Et il prend à partie les décideurs bruxellois en expliquant que les ambassadeurs, membres de l'Otan, ou de l'UE ont besoin de la 4G. "Ces gens-là ont besoin de la 4G, et que leur dit Bruxelles? Fuck you." Convoqué par son ministre de tutelle, Jean-Pascal Labille, il présentera ses excuses le lendemain.

Un autre dossier mis au jour cette année concerne le bâtiment Paille que Belgacom veut revendre. Une société se montre intéressée mais Didier Bellens est administrateur de celle-ci. On présume donc un conflit d'intérêt. Le patron de Belgacom sera entendu par la commission des infrastructures de la Chambre où il se montrera assez arrogant. "J'aimerais quand même être tout à fait clair, parce qu'il y a une chose qui vous a échappé et qui a éventuellement échappé à tout le monde. L'immeuble n'a pas été vendu. Ça ne vous a pas échappé? C'est une bonne nouvelle, c'est bien. Donc si l'immeuble n'a pas été vendu, il n'y a pas conflit d'intérêt." Un audit externe confirmera le 6 novembre qu'il n'y a pas eu conflit d'intérêt.

Enfin, le 7 novembre, lors d'un petit-déjeuner d'affaires, Didier Bellens fait sa dernière déclaration virulente en date. Il évoquera l'État belge et Elio Di Rupo, alors que certains journalistes sont présents. "Le pire actionnaire, c'est l'État. C'est même pire que ce que je n'aurais cru." Et puis parlant de Di Rupo, il dira: "il m'appelle juste quand la fin de l'année approche pour me demander ce qu'il en est des dividendes. Un peu comme un petit enfant qui vient chercher sa Saint-Nicolas." Il sera convoqué par son ministre de tutelle, Jean-Pascal Labille, dès le lendemain, avant que le gouvernement ne décide ce vendredi de le révoquer.