L’UE veut contrôler les données de passagers aériens

Afin de contrecarrer plus efficacement les départs de combattants vers la Syrie, le coordinateur de l’Union européenne de la lutte contre le terrorisme - le Belge Gilles de Kerchove (photo principale) - veut pouvoir consulter les données personnelles de passagers qui prennent l’avion. Selon les quotidiens De Morgen et Het Laatste Nieuws, la ministre de l’Intérieur Milquet soutient cette proposition, alors que la Commission de la vie privée exprime des réserves.

Les données auxquelles se réfère le coordinateur de l’UE en matière de lutte contre le terrorisme sont celles des dossiers de passagers (Passenger Name Record ou PNR) enregistrés au sein des compagnies aériennes. Il s'agit notamment des numéros de siège et de la carte de crédit avec laquelle un voyageur a payé son billet, ou encore du nom de la personne qui l'accompagne.

A l'aide de ces données, la police et les services de sécurité pourraient traquer les départs pour la Syrie de manière plus efficace, estime le Belge Gilles de Kerchove. Il suggère donc de rendre ces données accessibles à la police fédérale et aux services de sécurité.

A l’heure actuelle, un certain nombre de données sont déjà échangées avec les Etats-Unis, mais pas entre les pays de l’Union européenne.

La ministre de l'Intérieur, Joëlle Milquet (CDH), souscrit à cette proposition. Selon elle, il "est important que ces données soient échangées au niveau européen. Une majorité s'est d'ailleurs dégagée à ce sujet au Conseil européen, où siègent les chefs d'État ou de gouvernement des États membres. En revanche, il n'y a pas encore eu de consensus au sein du Parlement européen", précise la ministre belge.

Mises en garde contre des abus

Interrogé sur le bien-fondé de cette mesure, le député européen et coordinateur pour les socialistes européens en charge des dossiers transport, Saïd El Khadraoui (SP.A, photo) exprime des doutes. "Que fait-on si ces données personnelles sont transmises à des tiers ou sont détournées? Il ne s'agit pas seulement des données de combattants, mais de n’importe quels citoyens", s'est-il demandé.

De son côté, la Commission de la vie privée émet également des réserves à la proposition de Gilles de Kerchove. "Au début, ces données ne seront certainement utilisées qu'en cas de force majeure, mais la frontière s'estompe vite", a fait observer Eva Wiertz de la Commission.

Elle estime d’autre part qu’il n’est pas clair quels signaux les autorités européennes rechercheront dans les données des passagers aériens.