"12% de nos médicaments sont d’une utilité contestable"

Selon une étude de l’association de consommateurs Test-Achats sur l’efficacité de 4.000 médicaments, 43% d’entre eux n’ont pas démontré leur efficacité totale, 27% ont une utilité limitée et 3% sont carrément à déconseiller. L’information est rapportée par plusieurs quotidiens. L’association générale de l’industrie du médicament pharma.be souligne l’importance de la sécurité des médicaments.

Parmi les 4.000 médicaments analysés par l’association des consommateurs Test-Achats, 43% n’ont pas démontré leur efficacité totale, 27% ont une "utilité limité", 12% sont d'une "utilité contestable" et 3% sont carrément à déconseiller. Dans ces deux dernières catégories, on retrouve plusieurs médicaments qui se trouvent dans la plupart des pharmacies familiales, tels que le sirop pour la toux Lysomucil, le spray pour la gorge Orofar, le Cataflam, l'Effortil ou encore l'Afebril.

"Il y a des doutes sérieux sur l'efficacité et/ou la sécurité de 460 produits, et pour 113 d'entre eux les experts conseillent fermement de ne plus les utiliser", indique le rapport de Test-Achats.

Pour expliquer la poursuite de la commercialisation et de la prescription de ces médicaments à l'efficacité douteuse, Test-Achats met en exergue l'organisation du secteur ainsi que les études préalables à la commercialisation d'une substance, souvent fondée sur une comparaison avec un placebo qui ne tient pas compte de divers facteurs, tels que l'âge du patient ou les interactions avec les autres médicaments.

L’enquête de Test-Achats a sondé tant des médicaments qui ne peuvent être obtenus que sur prescription d’un médecin que des remèdes en vente libre. « C’est avant tout parmi les plus vieux médicaments que l’on trouve des substances qui n’ont pas ou presque pas d’effet, alors qu’elles peuvent provoquer des effets secondaires », expliquait Marc Bogaert, professeur en Pharmacologie à l’Université de Gand (UGent) ce lundi matin dans l’émission radio « De Ochtend » (VRT).

Bogaert était impliqué dans cette étude et souligne qu’un patient ne risque pas de mourir sur le coup en prenant un médicament déconseillé par Test-Achats. « Il s’agit de produits qui peuvent avoir des effets secondaires indésirables, mais pour lesquels la force probante du facteur actif est très limitée. Tant que des médicaments ne constituent pas un danger de mort, ils restent souvent sur le marché ».

Test-Achats déconseille aux patients de prendre seuls l’initiative d’interrompre la prise d’un médicament, si ce dernier a obtenu une appréciation négative à la suite de l’analyse. « Nous leur conseillons de se concerter avec leur pharmacien ou leur médecin sur base de notre information ».

"Pas de médicaments dangereux"

L'association générale de l'industrie du médicament pharma.be souligne ce lundi, en réaction, "l'importance absolue" que représentent la sécurité et l'efficacité des médicaments. "Les médicaments ne sont pas des bonbons", insiste pharma.be dans un communiqué.

"L'efficacité, la sécurité et le bon usage des médicaments occupent une place primordiale au sein du secteur pharmaceutique", réagit Catherine Rutten, CEO de pharma.be. "Tout au long du cycle de vie d'un médicament, les entreprises pharmaceutiques appliquent les normes les plus strictes en termes de qualité et de sécurité, ainsi que des contrôles internes et externes continuels. En dehors de l'industrie pharmaceutique et de l'Agence fédérale du médicament et des produits de santé, les médecins et les pharmaciens ont un rôle à jouer dans le suivi des médicaments, notamment dans le signalement des effets secondaires (pharmacovigilance)."

L'Agence fédérale du médicament et des produits de santé (AFMPS) et l'European Medecines Agency (EMA) ont ainsi le pouvoir, en fonction des rapports effectués, de limiter l'utilisation des médicaments, de les retirer du marché et d'en interdire leur commercialisation.

"Les médicaments ne sont pas des produits ordinaires. Pour qu'un traitement soit pleinement efficace, il faut qu'il soit administré correctement", ajoute encore pharma.be. L'association rappelle avoir mis en ligne deux sites visant à favoriser le bon usage des médicaments: "www.bonusage.be" et "www.e-notice.be".