"La Russie a mal évalué la situation en Ukraine"

Interviewé mercredi soir dans l’émission "Reyers Laat" de la VRT (Canvas), le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, a estimé que les autorités russes ont sous-estimé la ténacité de l’Ukraine dans la crise actuelle, qui a déjà fait plusieurs dizaines de morts. Il ne pense cependant pas que Moscou prévoit une intervention en Ukraine.

L’Ukraine traverse un moment crucial de son histoire, estime le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht. Il attribue la responsabilité finale des tensions qui y perdurent actuellement, avec notamment des affrontements sanglants entre manifestants et forces de l’ordre, au président Viktor Ianoukovitch (photo). Selon De Gucht, ce dernier a perdu toute légitimité en tant que chef d’Etat en Ukraine.

Le commissaire européen regrette que le président ukrainien, qui avait tendance à vouloir signer un traité d’association avec l’Union européenne, ne l’ait finalement pas fait sous pression de la Russie. Moscou menace en effet de suspendre les livraisons de gaz naturel bon marché. Le président russe Vladimir Poutine a d’autre part promis une aide financière substantielle à l’Ukraine, si elle tourne le dos à l’UE, alors que le pays est au bord du gouffre financier.

Mais selon De Gucht, la Russie a mal évalué la ténacité de l’opposition ukrainienne, qui a manifesté pendant trois mois dans le froid hivernal en rue contre la décision de Ianoukovitch. Le commissaire belge ne croit cependant pas à une intervention russe en Ukraine, comme le craignent certains observateurs.

Il n’exclut pas non plus que l’Ukraine signe plus tard un traité avec les pays de l’Union européenne, qui pourrait contribuer à la modernisation de l’Etat d’Europe de l’est. Dans la pratique, cela signifierait que Kiev pourrait exporter vers l’Union européenne à peu près tout ce qu’elle produit, sans taxes, ce qui représente un grand marché.

Le traité proposé par l’UE n’est pas dirigé contre la Russie, précise Karel De Gucht, car personne ne défend à l’Ukraine de faire également du commerce avec Moscou. Le commissaire européen estime cependant que d’anciennes républiques soviétiques, comme l’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie, doivent choisir leur avenir en tant qu’états souverains, si nécessaire indépendamment de la Russie. « C’est ça la démocratie », concluait De Gucht.

AP2011