Nass Belgica, l'immigration marocaine en Belgique

L’exposition "Nass Belgica" est la toute première de cette ampleur consacrée aux nombreuses facettes de l’immigration marocaine en Belgique. L’expression "Nass Belgica" signifie littéralement "les gens de Belgique" en dialecte marocain et désigne encore les familles belges qui reviennent passer leurs vacances au Maroc.

Conçue dans le cadre des célébrations du 50è anniversaire de l’accord bilatéral entre la Belgique et le Maroc pour l’envoi de travailleurs immigrés, cette exposition a comme objectif de faire connaître l’apport des immigrés marocains et de leurs descendants à l’histoire de la construction de la Belgique, à son développement économique, à ses évolutions sociales et à sa vie culturelle.

"A l’heure où cette première génération disparaît, notre ambition est de sortir de l’oubli ces hommes et ces femmes, de leur rendre hommage par la plus élémentaire des reconnaissances, celle qui passe par la connaissance de leur histoire devenue la nôtre", a déclaré Ahmed Medhoune, le Commissaire de l’exposition.

Ce que le recteur de l’ULB, Didier Viviers a résumé par ces mots : "Connaître pour reconnaître. Si l’on ne reconnaît pas, l’on créé des marginalisations".

Le Maroc est un pays d’immigration, près de 4 millions de Marocains vivent en dehors du Maroc, soit 10% de la population globale de ce pays. L’histoire de l’immigration marocaine en Belgique commence bien avant la signature de la convention de 1964.
Les premiers Marocains sont arrivés en Belgique via la France suite à la Première Guerre Mondiale. 45.000 Marocains avaient été mobilisés par la France en tant que soldats et 35.500 avaient été enrôlés pour contribuer à l’effort de guerre. A l’issue de celle-ci, des soldats marocains de l’armée française présents en Belgique seront engagés dans nos mines de charbon.

Après la Seconde Guerre mondiale la Belgique a besoin de main-d’œuvre toujours pour ses mines de charbon. Après avoir fait appel aux Italiens et aux Espagnols, l’Etat se tourne vers le Maroc. La catastrophe du Bois du Cazier à Marcinelle provoque un véritable traumatisme auprès des Italiens et la Belgique décide de faire venir des Marocains. Mais très vite la crise du charbon les relègue vers d’autres secteurs, la métallurgie et surtout la construction.

La plupart des immigrés marocains arrivés en Belgique sont originaire du Rif, une région montagneuse et pauvre du Nord du Maroc. Ceux qui sont partis étaient principalement des Berbères. Cette immigration a été encouragée par les autorités marocaines qui se débarrassaient ainsi d’une population turbulente.

La convention signée en 1964 par la Belgique inclut le regroupement familial et permet donc aux travailleurs marocains de ramener leur famille.

En 1974, c’est l’arrêt définitif du recrutement de main-d’œuvre étrangère, on parle d’arrêt de l’immigration. Pourtant la fermeture théorique de frontières n’empêchera pas la communauté marocaine de s’élargir.

L’exposition ne passe pas sous silence les crises, l’inhospitalité, le racisme, les différents conflits ainsi que la lutte pour les droits de ceux qu’on appelait des "immigrés".

L’affiche de l’exposition montre ainsi un groupe d’enfants marocains issus de l’immigration posant dans leur quartier Nord à Bruxelles, un quartier détruit pour faire place à des immeubles de bureau.

Aujourd’hui, la communauté marocaine de Belgique représente environ 400.000 personnes dont plus d’un quart sont naturalisées.

Ce n’est pas par hasard que cette exposition se tient au Botanique, ce centre culturel est installé dans la commune de Saint-ten-Noode, un quartier d’arrivée des populations immigrées venant notamment du Maroc et de Turquie.

La scénographie conçue par l’école artistique de La Cambre met en scène la patrimoine apporté par ces populations. Il y a la partie historique qui s’adresse à la raison et puis celle artistique qui s’adresse plutôt à l’émotion.

Outre l’aspect historique et sociologique, l’exposition est enrichie de témoignages d’archives publiques ou familiales, de photos, de dessins. Il y a par exemple les archives d’émissions de la VRT et de la RTBF.

L’exposition présente aussi des extraits de pièce de théâtre notamment la pièces "Gembloux" avec Sam Touzani, des extraits de films, notamment "Les Barons" de Nabil Ben Yadir, mais aussi la littérature, la musique et la danse.

Le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui, d’origine marocaine par son père et Flamand par sa mère est un des chorégraphes les plus appréciés par la critique internationale.

Alors que la partie historique et de mémoire est installée à l’étage, au rez-de-chaussée se trouve la partie plus artistique avec notamment des œuvres de Charif Benhelima, et ses portraits d’enfants, ou encore la série de photos consacrées aux femmes du Maroc de Lalla Essaydi.

Cette artiste marocaine qui vit à New York met en scène les mêmes figures lascives que l’on retrouve dans les tableaux orientalistes du XIXe siècle. Elle couvre ses œuvres d’une abondante écriture calligraphique au henné, une façon de se réapproprier un art sacré exclusivement réservé aux hommes.

Après le Botanique, l’exposition Nass Belgica sera itinérante en Communauté française de Belgique et à Paris avant d’être accueillie à travers le Maroc, ses concepteurs envisagent la création d’un lieu de mémoire consacré à l’histoire de la diversité en Belgique.

Tous les détails:www.nassbelgica.be